Mai 292009
 

Dormez en paix, braves gens: avec LOPPSI, le gouvernement ne veut que votre bien-être et votre sécurité.

Vous serez, enfin, protégés de la profusion des sites pédo-pornographiques: ceux-ci seront filtrés, censurés, effacés. Vous ne risquerez plus de tomber par hasard sur des images choquantes telles que celle-ci.

Les gendarmes, auparavant chargés de surveiller et d’interpeller les pédophiles qui se connectaient sur ces sites pour échanger photos et vidéos (des sites qui pullulaient, ainsi que chacun a pu le constater en naviguant tranquillement sur le web), les gendarmes, donc, n’auront plus qu’à ajouter à une liste noire secrète le nom de ces sites dégoutants pour que disparaissent enfin tous les pédophiles.

Mais si, puisqu’on vous le dit !

Allons! Comment pourrait-on croire une seule seconde qu’on devient pédophile autrement que par la faute d’Internet ? Comment penser que les photos diffusées par ces criminels étaient dans le passé échangées par la Poste ? Comment imaginer que leur « exposition » sur le web a permi depuis quelques années la multiplication des arrestations de réseaux qui sinon seraient restés dans l’ombre ?

Brisons là le second dégré.

Je ne sais pas pour vous, mais dans mon cas je n’ai jamais autant entendu parler de coups de filet concernant des centaines de pédophiles que depuis qu’Internet leur sert d’outil d’échange.

Vous n’aviez pas remarqué ? Combien d’affaires de ballets roses et bleus, avant l’avènement d’Internet ? Et combien de réseaux démantelés depuis ?

Internet est un réseau public. Ce qui s’y échange laisse des traces, que notre police sait remonter. Mais trouver un site pédophile n’est pas chose aisée (en 16 ans d’utilisation intensive d’Internet, je n’en ai personnellement jamais vu) et leur filtrage n’est pas la première chose à faire. Quand un de ces sites est répéré, prenons l’exemple récent déjà cité de « l’opération Nemesis », il faut des années de surveillance pour remonter jusqu’à ceux qui l’utilisent en s’anonymisant de leur mieux (4 ans d’enquète dans le cas de Nemesis).

Alors cessons de croire une minute à la démagogie facile de l’argument pédophile dans ce qui n’est finalement que l’organisation générale du filtrage du réseau: si une chose est absolument certaine c’est que justement, ce seront les sites pédophiles qui ne seront pas filtrés avant que la police n’ait eu le temps de faire son boulot (à moins de penser que notre gouvernement préfère les laisser libres pourvu que leurs activités se déroulent en dehors d’Internet, ce que je me refuse à croire).

Mais alors ? Alors pourquoi mettre en place un tel filtrage qui, rappelons le, concernera une liste secrète de sites ?

Je vous laisse imaginer, mais je vais vous raconter une histoire.

L’an dernier, à peu près à cette époque, j’étais avec ma famille en vacances en Tunisie. Un bien beau pays, dirigé comme on le sait d’une main de fer par un président omnipotent et où l’expression d’opinions politiques est pour le moins, disons, problématique.

En bon accro que je suis, j’avais bien pris garde en louant notre lieu de résidence à choisir une maison équipée d’Internet. Et dès le premier soir j’ai voulu me connecter sur Mediapart.

Quelle surprise: le navigateur m’a affiché une « error 404, page not found ».

Par acquis de conscience, je me suis connecté (via un VPN chiffré) sur un de mes serveurs en France, et de là, sans le moindre problème, j’ai pu vérifier que mon site préféré existait toujours, et répondait normalement.

Mais voilà: en Tunisie, il existe un système permettant au gouvernement de filtrer l’accès aux sites présents dans une liste noire secrète. Ce qui est, très exactement, ce qui est en train de se mettre en place ici-même.

Pour lutter contre la pédophilie ? Laissez-moi rire.

Il est difficile, particulièrement en période de crise alors que la principale préoccupation de la population concerne l’avenir immédiat, de mobiliser les gens quant à la défense de leurs libertés fondamentales.

Il est facile, quand on médiatise la moindre agression pour dénoncer « la montée de l’insécurité« , de légiférer dans l’urgence et en jouant sur la peur et sur les réactions primaires à quelques mots-clés (et le mot « pédophiles » est sans doute le meilleur) de limiter les droits fondamentaux.

Alors imaginez: faire passer une loi en urgence, pendant les grandes vacances, en période de crise et de « montée de l’insécurité« , le tout pour « lutter contre la pédophilie« …

Qui osera voter contre ?

Du jour où le web a existé, les grands de ce monde (qui jusque là avaient seuls le droit à la parole publique) en ont dénoncé les « dérives pirates, pédophiles et néonazies ». Mots-clés.

Les pirates ont été traités par HADOPI. Les pédophiles le seront par la LOPPSI. Les néonazis suivront si besoin est.

Et votre liberté à vous disparaîtra avec eux.

  One Response to “Loppsi – On censure”

  1. Excellent billet. Je partage tout à fait ton avis.

    Il est vrai qu’aujourd’hui la liberté qu’offre Internet dérange certaines personnes qui jusque là avait trop de pouvoirs.

    Un exemple est ce qui c’est passé pour HADOPI:

    Si les majors ont demandé des lois sur Internet ce n’est pas par ce que les diffusions libres et pour un cout négligeable de toutes copies d’œuvres numériques leurs fait perdre beaucoup d’argent. Cette « excuse » n’a même jamais été prouvé. Ce qui dérangent les majors, c’est qu’avec Internet pour se faire connaitre il n’y a plus besoin d’avoir un gros contrat liberticide avec une majors, il existe de nombreux moyens d’auto-promotion dont la libre diffusion de ses œuvres. Pareil pour la vente de CD: plus besoin d’avoir un gros contrat liberticide avec une majors pour avoir le droit à des poins de ventes, on peut en créer un soit-même ou on peut vendre sur pleins de plate-forme de e-commerce que tout le monde est libre de créer.

    Avant pour se faire connaitre, il fallait passer à la télé et à la radio. Mais ça coute chère et c’est donc réservé à ceux qui ont de l’argent. C’est même réservé et presque monopolisé à ceux qui ont le plus d’argent. Donc très difficile d’y passer sauf en acceptant de signer chez une major.

    Maintenant ça a changé avec Internet, et comme la prouvé NIN: Pour gagner sa vie de ses œuvres, on a pas besoin de gros contrats liberticides mais de fans.

    Donc ce qui dérangent les majors, ce n’est pas la perte d’argent, dont la cause d’Internet n’a pas encore été prouvé, mais la perte de pouvoir de ces majors.

    Et chaque industrie où il y a des multinationales qui avaient un grand pouvoir grâce aux médias classique (radios, télés et journaux) et qui en perdent grâce à Internet vont demander des lois liberticides pour ce celui-ci. En fait, c’est toute personne ayant un grand pouvoir et qui en perd grâce à Internet qui va tenter de le museler.

    Et le fait que Sarko veuille lui aussi museler le net n’est pas uniquement dût à son copinage avec certains riches directeurs. Rappelons que le but du néo-liberal est de transférer le pouvoir de l’état, où il doit être à la porté du peuple, vers les privé, où il est à la porté d’une poignée de riches. Il est donc normal qu’un personnage tel que Sarko veuille priver de liberté(s) le peuple français. De plus, Internet peut être un outil démocratique puissant. C’est ce qui à été vue avec la lois HADOPI: les députés anti-hadopi avaient leurs disposition plus de conseillé et spécialiste, eux même de meilleur qualité, que n’importe quel ministre. Et des bénévoles qui plus est. Plus précisément des citoyens et des organisations de citoyens qui ont pris de leurs temps libres pour s’intéresser à la politique et aider les personnes qui défendent leurs intérêts (ceux des citoyens). Sans compter que pour qu’une démocratie soit saine et puisse accomplir sont but, il faut que les citoyens soient informé librement et de façon neutre. Ça les média classique et à sens unique (télés, radios et journaux) ne le permettent pas, ou difficilement, alors qu’Internet le permet.

    Un Internet libre et neutre, plus précisément un moyens d’accès à l’information et de communication libre et neutre est nécessaire à la démocratie. Comme c’est un problème pour toutes personnes ayant trop de pouvoir, qu’il soit politique ou industriel, beaucoup de gens vont vouloir faire taire ce formidable outils. Il nous faudra donc nous battre pour le garder au service des citoyens.

    Je ne suis pas français, mais depuis la Suisse je vous soutiens dans l’attente de la future menace pour la liberté et de la démocratie qui concernera beaucoup d’entre nous, européens, suisses, états-uniens, et d’autre que j’ai oublié car je ne connais pas la liste par cœur, l’ACTA.

    En attendant, bonne soirée et restez libre.

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