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	<title>Zone de non-droit</title>
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	<description>Le blog de Laurent Chemla</description>
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		<title>La vengeance du retour de l’Oric-1.</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2011/12/05/la-vengeance-du-retour-de-loric-1/</link>
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		<pubDate>Mon, 05 Dec 2011 09:48:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[Article en attente de relecture par mon nouveau rédac-chef  Spyou. Quand j’étais jeune — à l’époque où le Minitel n’était même pas encore entré dans nos foyers, c’est dire — j’ai commis ce qu’il faut bien appeler un livre (bien qu’il ne s’agisse en réalité que d’un banal recueil de listings de programmes en Basic [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Article en attente de relecture par mon nouveau rédac-chef  Spyou.</em></p>
<p>Quand j’étais jeune — à l’époque où le Minitel n’était même pas encore entré dans nos foyers, c’est dire — j’ai commis ce qu’il faut bien appeler un livre (bien qu’il ne s’agisse en réalité que d’un banal recueil de listings de programmes en Basic pour le micro-ordinateur Oric-1).</p>
<p>Bien que forcément génial et résolument innovant (il y avait, je me souviens, des plumes qui tombaient aléatoirement du haut de l’écran et qu’un poussin devait récupérer en bas malgré leur trajectoire bizaroïde), il ne s’en est guère vendu et mon éditeur de l’époque m’en avait expliqué ainsi les raisons:</p>
<blockquote><p> - «Tu vois, on est une petite maison. Du coup on est pas distribués partout comme les grands, qui peuvent dire — par exemple à la FNAC -: prenez-moi tous les livres que je publie, même les daubes, et diffusez-lez. Sinon quand je publierai un grand auteur connu je me passerai de vos services».</p></blockquote>
<p>Ce fut ma première expérience dans le domaine de la distribution et j’en ai retenu une règle: qui maîtrise un réseau de distribution maîtrise le contenu qui y est diffusé (j’ai aussi retenu le fait que mon génie ne serait jamais reconnu à sa juste valeur mais c’est un tout autre sujet).</p>
<p>C’est bien sûr une évidence; chacun sait que telle chaine de grands magasins peut choisir les produits qu’elle distribue, en fonction entre autres de ses marges-arrières, et mettre en valeur tel ou tel jambon, faisant et défaisant le succès de marques sans le moindre rapport   avec leurs qualités intrinsèques. Mais pour moi c’était une découverte:    ainsi donc le succès n’avait rien à voir avec la qualité mais tout à voir avec la puissance de diffusion ? Quel choc !</p>
<p>Nous voici des décennies plus loin. Le Minitel n’est plus qu’un vague souvenir: de nos jours le réseau n’est plus centralisé chez une entreprise qui peut décider de qui aura le droit ou non de diffuser des contenus (et prendre sa dîme au passage). C’est le règne d’Internet.</p>
<p>Aujourd’hui plus personne ne contrôle la distribution des données. Bien sûr certains tentent de profiter de leur position — relativement centrale — pour sélectionner des produits qui leur rapporte plus que d’autres: un Orange va faciliter le flux d’un Dailymotion — qu’il possède — pendant qu’un Free va laisser se dégrader celui d’un Youtube — qui lui coûte. Mais, l’un dans l’autre le consommateur est plus ou moins libre de choisir les contenus qui lui plaisent plutôt que les contenus choisis par des intermédiaires autrefois tout-puissants.</p>
<p>Sauf que.</p>
<p>On dit depuis toujours qu’Internet tend à faire disparaître les intermédiaires. Et c’est vrai, bien sûr. N’importe quel fabricant de jambon peut désormais proposer son produit en ligne sans avoir à baisser sa marge au point de risquer la faillite (tout en garantissant la fortune de  son distributeur). Mais bizarrement je ne trouve pas beaucoup de vendeurs  de jambons (sauf ceux auxquels tu penses, lecteur mâle) dans mes bookmarks.</p>
<p>Il faut dire, bien sûr, que tout produit physique doit encore être transporté jusqu’à son client final, via un intermédiaire lui aussi physique qui restera encore incontournable (jusqu’à l’invention du téléporteur). Ca complique. Il faut une logistique qui coûte cher. Autant dire que le jambon au prix du café  (private joke) n’est pas pour demain. 5 des 25 plus grandes fortunes de  France sont des distributeurs, et ce n’est pas demain qu’ils iront mendier sous les ponts. D’accord.</p>
<p>Mais tout ce qui est distribué n’est pas (ou plus) physique. Ca fait combien de temps que vous n’avez plus été faire les boutiques physiques pour acheter un jeu pour votre smartphone ? Le marché du logiciel est presque totalement  devenu virtuel et plus aucun développeur n’a besoin de subir le racket^h^h^h passer par un réseau de distribution pour vendre directement un programme à ses clients.</p>
<p>Oh. Wait. A part les développeurs de logiciels pour produits Apple. Oh. Wait. Et à part les développeurs Android. Oh. Wait. Et à part les développeurs de jeux pour consoles.</p>
<p>Euh, quelque chose cloche, non ?</p>
<p>Je dis souvent que rien ne vaut les anciennes recettes pour faire fortune dans les nouvelles technologies. Et je ne suis pas le seul à le savoir.</p>
<p>Vous avez remarqué la façon dont, depuis quelques années, les «appstores»    se sont développées ? Apple, bien sûr, est le cas le plus flagrant: si vous  achetez (cher) un produit marqué d’une pomme, vous allez devoir engraisser   Apple à chaque fois que vous voudrez acheter un logiciel, un jeu, un film,  une musique. Parce que pour installer quoi que ce soit sur votre iTruc, vous devez passer par iTunes.</p>
<p>Bien sûr que Steve Jobs était un génie. La question ne se pose même pas.</p>
<p>Un génie du commerce.</p>
<p>Dans un monde de produits très fortement dématérialisés (et ne nécessitant plus le moindre intermédiaire entre l’auteur et le client), il a réussi en intégrant une boutique à son système a rendre sinon impossible du moins très difficile toute diffusion directe du producteur au consommateur. Il a recréé de zéro le modèle ancien de la distribution centralisée grâce auquel l’intermédiaire va se faire une fortune en regardant des clients captifs  acheter des produits mis en vente par des producteurs dépendants. Magique.</p>
<p>En juillet 2010, iTunes représentait un chiffre d’affaire de plus d’un milliard de dollars (dont on imagine facilement quelle part est du pur bénéfice, tant est faible le prix de l’infrastructure associée). Pratiquement un tiers des bénéfices du groupe. Banco.</p>
<p>Google a suivi, bien sûr. Pour être largement diffusé (souvenez-vous de mon petit livre pour Oric), il faut être sur l’Android Market et reverser 30% du prix de votre application à Google (à moins qu’il n’ait activé une option qui lui promet la vérole s’il la valide,  vous pouvez toujours demander à votre client de télécharger l’application ailleurs depuis son PC, puis de la copier sur son téléphone par USB, puis d’utiliser une application tierce pour l’installer. Bon, ben, on va payer, hein ?).</p>
<p>Quoi d’étonnant de voir Microsoft développer son AppStore et d’imaginer en faire le coeur de son futur Windows 8 ?</p>
<p>Vous voulez vendre un eBook ? Votre liseuse va vous imposer de passer par la boutique de son fabricant. Acheter un jeu pour la console du salon ?  Cliquez là. Sous prétexte de cohérence, de compatibilité, de censure même, on vous impose un intermédiaire dont nul n’a plus besoin. Les mêmes recettes. Juteuses.</p>
<p>Il existe pourtant bien un marché, énorme, qui échappe encore à ce retour aux anciens modèles.</p>
<p>Parce que ses promoteurs dormaient sur leur tas de billets depuis trop longtemps, ils n’ont vu le virage du numérique que trop tard. Leurs produits étaient matériels, pensaient-ils, et leur distribution ne risquait donc pas  de leur échapper.</p>
<p>Et puis le MP3 les a réveillés.</p>
<p>Bravo, lecteur: tu as compris que je parlais de musique ! Le CD était déjà numérique, quoi de plus facile que de le dématérialiser, de le compresser  et de le diffuser en dehors de tout réseau de distribution préalable ?</p>
<p>La demande a créé l’offre et, puisque les ayant-droit ne proposaient rien, le public s’est gentiment approprié la chose et a inventé le P2P (qui dans ses premières versions portait un modèle économique basé sur la publicité embarquée dont les majors auraient pu s’inspirer intelligemment). Un modèle totalement décentralisé (donc sans possibilité de rémunérer à l’acte un intermédiaire inexistant), à très faible coût (pas besoin de gros serveurs centralisés capables de répondre à la charge), sans intérêt pour les rares intermédiaires encore présents (pas besoin de bande passante réservée et nécessitant des accords entre le diffuseur et les différents FAI).</p>
<p>Autant dire qu’à part les utilisateurs, personne n’en voulait.</p>
<p>La musique, donc, et dans une moindre mesure le cinéma, et dans une mesure très réduite le livre, se sont réveillés dans un monde dans lequel on n’avait plus besoin de distributeurs. L’horreur.</p>
<p>Heureusement, grâce à l’autre vieille recette («du pain et des jeux»), le monde du divertissement n’est guère plus qu’une filiale des gouvernements. Et donc, l’Hadopi est née (versions 1 et 2, nous verrons la V3 un peu plus loin).</p>
<p>Alors bien sûr, c’est une loi débile. Elle n’apporte rien aux auteurs, elle est une déclaration de guerre entre des commerçants et leurs clients, et elle est largement inefficace. Inefficace ?</p>
<p>Son objectif avoué (réduire le «piratage» par la pédagogie) était-il vraiment son objectif réel ?  Ca reste à démontrer.  Ce qui est sûr c’est qu’elle a bel et bien obtenu quelque chose: la nette réduction de la part du P2P (seul protocole surveillé par TMG pour le moment) dans la distribution des biens culturels.  Et c’est un résultat énorme.  Probablement (ne prenons pas les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) le seul objectif réel de l’industrie du divertissement (qui aura dans ce cas joliment instrumentalisé les ayant-droits, l’état et la justice).</p>
<p>D’accord, ça ne leur apporte rien. Une bonne part du trafic s’est reporté vers d’autres solutions (streaming, direct download, VPN, newsgroups…). Mais ce rien n’est pas anodin parce que les solutions de remplacement sont, devinez quoi, centralisées (oui copain geek, même les VPN sont par nature   dépendants d’un machin plus ou moins central en face, sur lequel tu vas te  connecter).</p>
<p>Et une fois qu’un marché est centralisé, il suffit de prendre le contrôle du centre pour en être l’unique opérateur (et donc celui qui perçoit la dîme). Et voilà comment on en arrive à Hadopi V3, à la guerre annoncée contre le streaming, au label PUR et au procès Allo.</p>
<p>Certains ont dit (et certains disent encore) que seule une offre l’égale plus étoffée pourra enfin mettre un terme à l’escalade du conflit entre les industriels de la culture et la liberté d’expression. Bon. C’est une évidence: si par exemple il existait dans le domaine musical un site de référence proposant la grande majorité des oeuvres à un tarif correct (c’est à dire tenant compte du faible coût de revient d’un fichier quand on le compare à un disque physique), dans une qualité potable (c’est à dire au moins égale à celle d’un CD), permettant la pré-écoute au moins d’une partie des morceaux… Bref il est facile d’imaginer à quel point une telle offre   réduirait à néant toute l’offre dite «pirate» de la même façon qu’Apple ou   Google ont empêché le développement d’un marché parallèle des applications pour smartphones.</p>
<p>Alors quoi ? Ils ne sont plus que 3 «majors» et ils seraient à ce point incapables de se mettre d’accord pour faire ce qui d’évidence serait LA solution immédiate et acceptée par tous ?</p>
<p>Vous y croyez vraiment ?</p>
<p>Le marché de l’intermédiaire ce n’est pas seulement de toucher du fric sur   chaque transaction. Rappelez-vous de mon premier livre (eh, j’ai la rancune tenace): c’est aussi de pouvoir choisir ce qui sera diffusé, en fonction de ce que ça va rapporter.</p>
<p>Et si demain une offre légale aussi étendue que l’offre «pirate» devait exister, si toute la musique était disponible, même en payant, combien  les intermédiaires pourraient toucher sur des oeuvres dont les droits sont <a href="http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/08/16/tiroir-caisse-springsteen-dylan-et-dautres-artistes-americains-sattaquent-aux-maisons-de-disques/" target="_blank">revenus entièrement à leurs auteurs</a> ? Et comment feraient-ils pour pousser les nouveaux auteurs à passer par eux (et à leur  payer l’équivalent des marges arrières des supermarchés) si aucune espèce  de limite n’existait dans l’offre globale ?</p>
<p>Parce que ces limites, anciennement physiques (la place dans les bacs des disquaires), justifient l’existence de celui qui fait le tri entre ce qui doit être diffusé et ce qui restera méconnu. Que sinon c’est toute la chaine de valeur du marché de la distribution qui s’effondre (trop de choix, peu de marges, risques de procès pour abus de position dominante, <a href="http://blog-notes.jbfavre.org/" target="_blank">et j’en passe</a>).</p>
<p>Et si, plutôt que de croire que les majors sont stupides, on se faisait à cette idée: elles ne veulent pas d’une offre légale étendue parce que ce serait un nouveau modèle dans lequel elles ne seraient plus forcément les principaux intermédiaires ?</p>
<p>Ca ne fait pas disparaître la nécessité de re-centraliser le marché: pour qu’il y ait quelque chose à contrôler, il fallait bien réduire la part du P2P. Ca ne change pas le besoin de faire la guerre aux mafias du direct download (qui se sont développées grâce à l’Hadopi): on ne va pas laisser des nouveaux venus nous piquer notre marché à nous qu’on a. Ca ne modifie pas le futur équilibre des forces: les FAI — devenus partenaires commerciaux — seront trop contents de faire une plus-value sur la bande passante spécifique qui sera négociée pour favoriser tel ou tel, plutôt que de voir tout ce manque à gagner dilué dans le brouillard du P2P. Et puis ça permet à terme une censure (qu’on nommera filtrage et /ou régulation pour faire plus pro) qui redonnera à la parole des politiques toute sa valeur. Sans parler des gros artistes vendeurs qui ne voudraient quand même pas trop que le public puisse choisir la qualité plutôt que le produit qu’on aura choisi pour lui.</p>
<p>On pourra même faire un procès à tous les intermédiaires existants pour leur fournir une justification légale au filtrage, à la fin de la neutralité et aux futurs accord commerciaux.</p>
<p>Tout le monde y gagne (sauf le consommateur, mais on s’en fout: on parle de pouvoir et de gros fric, là).</p>
<p>Bienvenue dans le monde d’hier.</p>
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		<title>Ebook.</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2011/10/24/ebook/</link>
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		<pubDate>Mon, 24 Oct 2011 09:08:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[  Je ne crois pas à l’avenir de l’ebook. Ce n’est pas de la prospective, hein. Je dois bien constater que le marché  existe, qu’il se développe, que les lecteurs sont légers, pratiques, qu’il   existe une demande… Tout ça. Je ne suis pas aveugle. Non, c’est plus une profession de foi que je fais là: [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> </p>
<p>Je ne crois pas à l’avenir de l’ebook.</p>
<p>Ce n’est pas de la prospective, hein. Je dois bien constater que le marché  existe, qu’il se développe, que les lecteurs sont légers, pratiques, qu’il   existe une demande… Tout ça. Je ne suis pas aveugle.<br />
<span id="more-557"></span><br />
Non, c’est plus une profession de foi que je fais là: je ne crois pas que l’espèce humaine soit prête à se passer du machin en papier 1.0 dont on tourne les pages à la main, avec lequel on s’endort un doigt coincé sur la dernière ligne déchiffrée, qui bouffe l’espace de nos murs et qu’on n’aime pas jeter même quand il est fini. Ce n’est pas comme un disque, un livre. Ca ne se dématérialise pas comme ça.</p>
<p> </p>
<p>Ca fait plus de 2000 ans qu’on vit avec l’écriture, et cinq siècles avec le livre imprimé. A côté de ce jeune histrion qu’est le disque, et qui peut bien évoluer à la vitesse des nouvelles technologies si ça l’amuse — c’est  de son age — quand on a vécu aussi longtemps que le livre on ne change pas de support pour un oui pour un non.</p>
<p> </p>
<p>Donc bon bref, j’adhère pas. J’ai une tablette tactile et un smartphone et des appareils photo numériques et un ampli 7+1 et une télé tnt, tout est numérique chez moi, mais je conserve mes vieux bouquins analogiques, merci mais non merci je veux pas de Kindle malgré mon appétit de geek de base.</p>
<p>Ceci-dit quand une amie, française mais mariée à un étranger et qui vit à  l’étranger, vient me voir et me dit qu’elle en utilise un, je peux la   comprendre: elle vient en France tous les 3 ans, et rentrer aux pays avec  une valise pleine de livres en français (pour ne pas oublier sa langue natale et la faire partager à ses enfants bilingues) c’est pas facile. C’est lourd, un livre, et les compagnies aériennes ne sont pas connues pour leur amour  excessif des excédents de bagages.</p>
<p>Bien sûr elle peut demander à Fnamazon de la livrer dans son loin, mais  c’est cher de faire livrer à l’étranger. Et souvent les sites en ligne en France refusent le Visa de sa CB. Du coup elle profite de ses (trop) rares passages au pays. Du coup je veux bien l’y aider quand elle est là.</p>
<p>Voilà.</p>
<p>Ce court préambule (eh ben non c’est pas fini) pour vous expliquer pourquoi  moi, opposant notoire, je me suis retrouvé à essayer d’acheter ces putains de fichiers DRMisés aux formats hétérogènes avec ma CB de souche en lieu et place de ma copine (qui me remboursera par paypal, faut pas déconner).<br />
Eh ben c’est pas facile.</p>
<p>Déjà ça commence avec : «c’est quoi ton e-reader, parce qu’il y a plusieurs format ?». Son truc lit les ePub. Soit. Je demande donc un ePub à la FNAC mais non, le livre qu’elle voulait pour une de ses gamines existe pas dans ce format. Tant pis, on change de livre, mais la Fnac plante quand elle essaie malgré tout de payer avec sa CB (mais en indiquant l’adresse postale de son frêre en France).</p>
<p>On appelle le SAV et là on nous dit que le site est en panne (oh ?) et qu’on ne pourra pas nous dire avant midi si l’achat a fonctionné. On attend midi, donc. Et là sans surprise on nous apprend que non, si la CB est à un nom et l’adresse postale à un autre, alors l’achat ne sera pas validé pour des questions de droits de diffusion. Si elle avait commandé un vrai livre en papier, alors ok ça on peut, mais un ebook non, parce que.</p>
<p>Du coup, dépité, je vais me charger de payer pour elle (sur un autre site du coup parce que la Fnac a pas été gentille). Je réussis à mettre dans mon panier virtuel toutes les références  virtuelles de livres virtuels qu’elle désire. Je suis très fort. Je paie et je constate que non ça ne valide pas tout de suite (sans doute encore ces questions de droit de diffusion) mais qu’on m’écrira plus tard pour me dire si oui ou non j’ai réussi à acquérir  le droit de télécharger sur son disque externe les ouvrages tant convoités.</p>
<p>Victoire: 10mn plus tard je reçois le sésame. Je me connecte à mon compte, je vais dans «ma bibliothèque», je télécharge… Un fichier de 1350 octets.</p>
<p>Malgré les progrès des algorithmes de compression je me doute qu’il ne  s’agit pas d’un livre, alors j’ouvre et je vois un petit fichier XML sans intérêt qui décrit le livre que je voulais. Je vérifie que j’ai bien cliqué où il fallait, que je me suis pas trompé de téléchargement, mais non c’est bien ça. Et Google m’explique: il faut que j’installe un logiciel de chez Adobe pour pouvoir lire _et_ télécharger. Ah ok. Mais qu’il n’existe pas sous Linux. Ah ok.</p>
<p>Je sors ma carte joker Virtualbox, prévue pour les cas difficiles, et je  recommence sous Windows.  Mais je m’arrête: on m’explique que si je m’exécute, j’aurai utilisé une des 5 possibilités de téléchargement que   j’ai (si difficilement) acquises. Comme je ne connais pas la dextérité numérique de mon amie et qu’en plus j’ignore s’il me sera possible de sauvegarder ma copie sur son disque une fois que ma Virtualbox l’aura reçue, je ne vais pas prendre le risque de gâcher un droit acquis au prix de tant de luttes sociales.</p>
<p>Il vaut mieux que je lui file mon mot de passe (tapioca): maintenant que c’est payé elle pourra (sans doute) télécharger directement depuis son e-reader sur mon compte. Même depuis l’étranger. A moins qu’ils ne repèrent son IP étrangère et qu’ils ne lui interdisent le download (téléchargement en étranger) pour des questions de droit de diffusion. On verra. C’est mieux comme ça. On a déjà passé 3h sur ce coup-là.</p>
<p>L’histoire pourrait s’arrêter là, mais en fait non.</p>
<p>Profitant de son départ rituel de touriste pour la visite des musées parisiens en grève, je tape sur Google «ebook français download». Je trouve un lien vers un fichier contenant plus de 1000  références, chacune publiée  dans 5 formats différents. Je clique sur le lien. Une demi-heure plus tard il y avait 1002 livres en français copiés dans son disque externe.</p>
<p>Je vais pas la revoir avant 100 ans — elle a plus besoin de venir, du coup — mais je suis sûr d’un truc.</p>
<p>Le piratage a de beaux jours devant lui.</p>
<p> </p>
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		<title>Droit à l’oubli, devoir de mémoire.</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Apr 2010 13:23:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Evacuons l’aspect parano du bidule: je ne peux pas m’empêcher de penser que les promoteurs de ce fameux «droit à l’oubli» sont ceux qui ont le plus de choses à faire oublier. Bien sûr il y a quelques exemples de simples quidams qui voient leur vie détruites par un(e) ex qui diffuse des photos privées. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Evacuons l’aspect parano du bidule: je ne peux pas m’empêcher de penser que les promoteurs de ce fameux «droit à l’oubli» sont ceux qui ont le plus de choses à faire oublier.<br />
<span id="more-550"></span><br />
Bien sûr il y a quelques exemples de simples quidams qui voient leur vie détruites par un(e) ex qui diffuse des photos privées. De même qu’il y a toujours un fait divers qui justifie telle ou telle loi répressive. Mais comment ne pas se souvenir que les casseroles de nos politiciens sont bien plus lourdes à porter  que celles des simples citoyens que nous sommes ?</p>
<p>Un élu pris en possession d’images pédophiles, d’autres élus dont le passé délinquant de voleur de simca 1000 ressort des années plus tard, et plus légèrement (mais pas moins important) tout un tas de petites preuves des mensonges, promesses non tenues, propos déplacés ou racistes. Toutes ces choses qu’on trouve sur Internet et dont le rappel incessant dérange ceux qui nous gouvernent.</p>
<p>Et qui veulent ce «droit à l’oubli».</p>
<p>Comment ne pas faire le parallèle ?</p>
<p>Passons.</p>
<p>Plus généralement, il suffit de remettre les choses en contexte pour s’apercevoir que ce pseudo droit n’est qu’une variation du manque d’éducation du public à ce véritable droit qu’il a récemment acquis: le droit à la liberté d’expression.</p>
<p>La chose a été dite et redite, y compris par votre serviteur: il n’existait pas, avant qu’Internet ne soit devenu un outil largement disponible, de véritable droit de parole publique. Nos textes fondamentaux le prévoyaient, oui, mais dans les faits il n’existait aucun media suffisament facile d’accès pour que  chacun puisse se dire «oui, je peux publier si je le souhaite».</p>
<p>La prise de conscience liée à une telle révolution est lente à se faire: beaucoup considèrent encore que, lorsqu’ils utilisent le réseau pour publier, ils le font auprès d’un cercle restreint de proches. Il n’est pas si facile de s’approprier un nouveau droit, et encore moins de s’investir des responsabilités qui vont avec.</p>
<p>Quand on a été éduqué pour ne prendre la parole qu’après l’accord de la maîtresse, une fois qu’on l’a dûment demandée en levant la main. Quand on est élevé pour se taire devant la télé, puis pour «<em>donner sa voix</em>» à un représentant  et se taire ensuite. Quand on a été formé à lire ou écouter les avis des penseurs  accrédités par les medias classiques sans pouvoir leur répondre autrement que devant la machine a café, il est bien difficile de se faire à l’idée qu’on peut (qu’on  doit ?) s’exprimer librement, sans censure préalable, devant le public le plus  large qui soit.</p>
<p>Reste ensuite à faire le pas suivant: toute liberté ne va qu’avec une responsabilité dont — visiblement — les tenants du droit à l’oubli ne souhaitent pas se charger. S’exprimer sur Internet ne va qu’avec le devoir de mémoire qui accompagne toute prise de parole publique. Et dans le cadre ancien des medias classiques, on a vu se développer des banques de mémoire (Bibliothèque  Nationale, INA…) pour garantir cette mémoire.<br />
Car le poids d’une parole accessible à chacun ne peut aller sans l’énorme responsabilité d’assumer ses propos y compris des années plus tard, alors même que tel leader écologiste souhaiterait que tous oublient, par exemple, qu’il a tenu des propos ambigus sur la sensualité des plus jeunes. Mais ce n’est pas possible, et il faut vivre avec: car ce qui a été dit en public ne peut plus être effacé non seulement de la mémoire des vivants mais aussi de celle de leurs  descendants.</p>
<p>Tel est le prix dont il faut accepter de s’acquiter pour bénéficier — enfin — de la liberté d’expression. Et il est lourd, et c’est parce qu’il est lourd que cette liberté  est aussi belle, aussi grande, aussi exceptionnelle.</p>
<p>Se priver de le payer rendrait désormais vulgaire et sans importance les prises d’opinions, où qu’elles soient publiées, et d’abord sur Internet puisque les  tenants de l’oubli veulent justement le restreindre à ce média.</p>
<p>Pour mieux remettre à son ancienne place l’expression du public ?</p>
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		<item>
		<title>La concurrence de la parole</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2009/09/15/la-concurrence-de-la-parole/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Sep 2009 16:36:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Parole]]></category>

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		<description><![CDATA[En suivant les débats sur HADOPI, je me disais… 28 millions d’abonnés à Internet en France. Plus d’un foyer sur deux. Un chiffre banal, après tout. Quoi de plus normal de nos jours? Et pourtant, qui peut dire ce que signifie le fait que 28 millions de personnes aient désormais, dans ce pays, accès à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En suivant les débats sur HADOPI, je me  disais… 28 millions d’abonnés à Internet en France. Plus d’<a href="http://www.pcinpact.com/actu/news/50198-france-15-millions-foyers-connectes.htm">un    foyer sur deux</a>. Un chiffre banal, après tout. Quoi de plus normal  de nos jours? Et pourtant, qui peut dire ce que signifie le fait que 28  millions de personnes aient désormais, dans ce pays, accès à la parole  publique?</p>
<p>Que deviendra le monde associatif et politique quand il verra  arriver le flux de millions de gens désormais habitués à prendre la  parole ?</p>
<p><span id="more-520"></span></p>
<p>Car la révolution, la vraie, n’est pas à chercher dans l’aspect  technologique de la chose. C’est le côté sociologique qui est  passionnant. Penser un avenir où tout citoyen pourra non seulement  débattre publiquement de ses opinions, mais aussi apprendre à les  confronter à d’autres, mais encore réussir à se convaincre que sa parole  est toute aussi importante que n’importe quelle autre.</p>
<p>Que sera un monde dans lequel les enfants n’auront plus à demander la  parole pour l’obtenir, au gré des parents et des maîtres, puis des  médias et des politiciens ?</p>
<p>Est-ce que nos dirigeants ont bien mesuré la chose ? J’en doute. En  s’attaquant à la liberté d’expression sur Internet, comme ils le font en  critiquant et en hadopisant, ils ne font pas que se heurter à une  technologie définitivement non régulable. Ils lèvent aussi, contre eux,  toute une génération de futurs acteurs qui seront devenus conscients de  leur pouvoir et de leurs actes, et qui auront été formés comme jamais au  fonctionnement de nos institutions, comme le sont tous les gamins qui  ont suivi les débats et les méandres du feuilleton d’Hadopi.</p>
<p>Ils élèvent, de fait, tous ceux qui les enterreront par des  compétences acquises à la dure — et autre part que sur les bancs bien  sages de Science-Po et de l’ENA. Car que dire sinon la désolation que  provoque l’écoute de ces politiciens professionnels, visiblement  dépassés par un dossier qu’ils ne maîtrisent pas, qui avouent leur  méconnaissance totale de cet outil pourtant utilisé par la majorité de  leurs électeurs, et qui tremblent de peur devant cette évolution qu’ils  n’ont ni voulue ni prévue ?</p>
<p>Comment croyez-vous que va réagir l’étudiant né dans le monde  numérique quand il écoute un député annonant des arguments débiles  («dans 20 ans plus personne n’achètera de CD», quel visionnaire!),  mauvais orateur, répétant à l’envi des antiennes largement démontrées  comme étant de purs mensonges ? Que croirez-vous qu’il se dira, sinon  qu’un député grassement <a href="http://www.nosdeputes.fr/yvan-lachaud">payé  à ne presque rien faire</a> ne mérite pas son poste ?</p>
<p>Car c’est vers ça qu’on se dirige, si vous m’en croyez. La révolution  ne viendra pas des urnes, ou pas seulement, mais bien surtout de la  réaction non aux idées mais à l’indigence des débats publics quand on  les compare à la richesse des débats numériques.</p>
<p>Combien de bloggeurs d’aujourd’hui seront nos penseurs de demain ? Et  quel talent, si l’on les compare à nos tristes habitués des plateaux  télé. Quel verbe que celui d’un simple utilisateur de Twitter, habitué à  faire passer son opinion en seulement 140 caractères, quand on le  compare aux discours mal rédigés par des attachés parlementaires bien  palots.</p>
<p>Et que croyez-vous que pensent tous ces utilisateurs d’Internet,  lorsqu’ils s’envoient des adresses de billets tous plus intelligents les  uns que les autres, quand ils constatent la bétise flagrante de ceux  qui sont sensés les représenter mais ne représentent finalement que les  intérêts des grands industriels pourvoyeurs de financements politiques  et de futures reconversions dans des postes de parachutistes dorés ?</p>
<p>Certes, il faudra du temps. On ne passe pas du jour au lendemain de  MSN à la politique. Mais ce temps là sera passé en lutte, et ces luttes  accoucheront d’hommes d’État, je veux le croire, plutôt que d’hommes  politiques. Elle seront menées contre la réaction à une évolution  nécessaire et inéluctable de nos sociétés, et parce qu’elle se  heurteront à cette réaction, elles ne feront guère de réactionnaires. Et  les premiers mouvements comme les différents «partis pirates» d’Europe  ne sont que les prémisses d’un futur qui balaiera je l’espère la caste  des parlementaires, idiots inutiles de la République.</p>
<p>C’est vrai : nul ne peut dire ce qu’il adviendra. Mais je peux sans  trop de risque, après avoir observé l’évolution d’Internet depuis près  de 20 ans maintenant — 20 ans déjà — prédire que le futur ne sera pas  rose pour ces politiciens qui n’ont jamais connu de réelle concurrence  et qui vont devoir s’y résigner.</p>
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		</item>
		<item>
		<title>A ceux qui les ont conduits au désastre</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2009/09/13/a-ceux-qui-les-ont-conduits-au-desatre/</link>
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		<pubDate>Sun, 13 Sep 2009 16:43:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[HADOPI]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour être un tant soit peu audibles lors du combat contre Hadopi, les opposants à la loi se sont retrouvés presque contraints de faire — à leur tour — des propositions pour «sauver» des artistes soit-disants spoliés par le P2P. Le présent ouvrage développe même certaines de ces options. Le risque, quand on fait de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour être un tant soit peu audibles lors du combat contre Hadopi, les opposants à la loi se sont retrouvés presque contraints de faire — à leur tour — des propositions pour «sauver» des artistes soit-disants spoliés par le P2P. Le présent ouvrage développe même certaines de ces options.<br />
<span id="more-525"></span><br />
Le risque, quand on fait de telles propositions (license globale, «contribution créative»), c’est de justifier les mensonges des majors: si l’on cherche des solutions pour rémunérer les musiciens, c’est bien la preuve que le P2P leur fait perdre de l’argent…</p>
<p>Il faut en effet se rendre à l’évidence: le bourrage de crâne des tenants de la répression (quels que soient leur buts réels) a tellement bien fonctionné qu’il a définitivement ancré dans l’imaginaire collectif l’idée que l’échange d’oeuvres numériques impliquait un manque à gagner pour les artistes, qu’il faudrait combler d’une manière ou d’une autre.</p>
<p>Or, à ce jour, nul ne sait si c’est une réalité ou non.</p>
<p>Les études réellement indépendantes des majors (Industry Canada, UFC-Que Choisir, Gouvernement néerlandais, OCDE, ADAMI…) s’orientent toutes vers la même réponse: s’il y a un impact du P2P sur les ventes de disques, celui-ci est minime, voire même plutôt positif.</p>
<p>En tout état de cause, aucune étude sérieuse n’a encore pu établir de corrélation entre le P2P et la crise du disque.</p>
<p>Soyons clairs: personne ne nie la réalité de cette crise. Les ventes de CD ont culminé à plus de 150 millions d’unités en 2002 pour chuter à près de 90 millions en 2006.</p>
<p>Mais affirmer, comme le font les gouvernements, la SNEP (Syndicat National de l’édition Phonographique) ou l’IFPI (International Federation of the Phonographic Industry), que cette chute des ventes est à attribuer au seul partage de fichiers est au mieux une grande exagération, au pire un mensonge pur et simple.</p>
<p>Les faits sont là: si l’on cesse de se focaliser sur la musique pour s’intéresser, par exemple, au marché du DVD, on constate que ce dernier est florissant. Malgré le P2P (ou grâce à lui), les ventes de DVD sont en hausse de 11% au premier semestre 2009 (on pourrait à loisir étudier le jeu vidéo, lui aussi aisément copiable et largement piraté, dont le chiffre d’affaire a augmenté de 22% en 2008 par rapport à 2007 qui était déjà une année exceptionnelle).</p>
<p>Or le DVD est soumis à une pression identique: son format est numérique — et donc aisément copiable, «l’offre» pirate est très large et va jusqu’à devancer les sorties officielles, et la généralisation du haut-débit permet de partager un film complet en moins d’une heure. Selon Luc Besson lui-même il n’y aurait pas moins de 500000 films piratés par jour en France. Et pourtant on a jamais vendu autant de DVD.</p>
<p>Comment expliquer ce phénomène ?</p>
<p>Il faudrait pour répondre de façon sérieuse que nos gouvernants, au lieu den’écouter que les sirènes des   artistes manipulés par leurs éditeurs, veuillent bien diligenter des études dignes de ce nom, car le sujet est complexe. Tout au plus est-il possible de proposer quelques pistes qui semblent largement aussi réalistes que celle du P2P.<br />
D’abord et avant tout, il faut rappeler l’évidence: le budget culturel des ménages n’est pas extensible à l’infini. Avec l’essort des consoles de jeux, l’augmentation des ventes de DVD, les lecteurs MP3, les records d’entrées du cinéma, les appareils photos numériques, les forfaits de téléphonie mobile pour toute la famille, le prix des abonnements à Internet fixes et mobiles, il n’est guère surprenant qu’un rééquilibrage se fasse au détriment d’une industrie musicale qui n’a jamais su se renouveller.</p>
<p>Pendant que l’industrie du cinema inventait les cartes d’abonnement, les multiplex, le home-cinema, la  VOD et la haute définition, celle du disque s’est repliée sur un CD vieillissant, des taxes toujours plus  injustes, et une offre légale dégradée et très limitée (impossible par exemple d’acheter sur Itunes ni ACDC ni les Beatles).</p>
<p>Certes, l’invention du CD a poussé toute une génération à renouveler sa discothèque vinyle, mais ensuite, une fois celle-ci reconstituée, est-il étonnant que les ventes diminuent alors même que l’offre elle-même diminuait en parallèle ?</p>
<p>Le rapport 2008 du DEPS (Département des études de la prospective et des statistiques) [1] sur la Culture est à ce titre éclairant: le nombre d’albums produits en France par les 4 grandes majors était de 2672 en  2001 et de 1245 en 2006. L’offre a donc été divisée par deux en 5 ans. Et l’on attribue la chute des ventes au seul P2P ? Surprenant…</p>
<p>Pourtant, selon la même étude, la proportion des 11–65 ans ayant acheté au moins un disque au cours des 12 derniers mois est stable (en moyenne 77%). Et les concerts voient leur fréquentation augmenter  régulièrement.</p>
<p>Visiblement les français ne se sont pas totalement détournés de la musique payante, mais force est de  constater que nous en achetons moins qu’avant. Pourquoi ?</p>
<p>Peut-être devrions-nous nous interroger sur le prix moyen d’un album ?</p>
<p>Reprenons notre exemple du DVD. Selon le baromètre CNC-GFK, son prix moyen observé était de 15 euros en 2004. Selon Bernard Miyet (Président du directoire de la SACEM), le prix moyen d’un CD en 2008 était de 14,40 euros [2].</p>
<p>C’est étrange: il semble évident que le nombre d’artistes et techniciens impliqués dans la création d’un film est en moyenne bien supérieur à celui que nécessite la sortie d’un album de musique. Est-ce à dire que les acteurs sont moins bien rémunérés que les musiciens ? On n’ose le croire.<br />
Il existe une façon simple de comparer ces deux objets: il est coutumier que la musique d’un film soit  commercialisée sous forme de CD alors même que le film dont elle est tirée est disponible en DVD. Et à tout  seigneur tout honneur, prenons l’exemple de Luc Besson (grand défenseur d’HADOPI).</p>
<p>Chez Amazon, le premier prix pour le DVD du «Grand Bleu» est de 13,99 euros.<br />
Toujours chez Amazon, le premier prix pour le CD de la bande originale est de 6,68 euros. Un prix particulièrement peu élevé puisque (encore chez Amazon) le téléchargement de cet album coûte lui… 9,99  euros!</p>
<p>Un bon exemple donc, tant il est rare de trouver des albums à un prix aussi bas. Cependant la question reste posée: si Eric Serra à lui seul représente la moitié du prix du DVD, comment sont rémunérés les  producteurs, réalisateurs, acteurs et techniciens qui ont participé au film ? A lui seul le musicien aurait  coûté autant qu’eux tous ?</p>
<p>Difficile à croire. Et pourtant l’exemple est parlant: si l’industrie du cinéma a su adapter ses tarifs à un  public très large, celle de la musique est restée coincée à une époque faste où elle ne subissait pas la concurrence de tous les autres spectacles.</p>
<p>Comment s’étonner alors que les ventes de DVD soient au beau fixe tandis que celles des CD est en chute  libre ? Et pourtant tout ceci n’a toujours rien à voir avec le P2P.</p>
<p>Prix élevés, offre limitée, environnement culturel de plus en plus concurrentiel et un monde de la musique  qui n’a pas su se renouveler…<br />
Voilà — sinon les causes réelles de la crise — au moins des pistes qui mériteraient autre chose qu’un simple  haussement d’épaule quand ont affirme sans la moindre preuve que le P2P est la cause unique de tous les maux.</p>
<p>Mais alors, que faire pour sauver la musique et les musiciens ?</p>
<p>Avant toute chose, il est une autre idée reçue qu’il faudrait démolir: non, la crise du disque (quelles qu’en  soient les raisons) ne menace pas la diversité musicale. Non seulement la musique a toujours existé depuis que l’homme est l’homme et existera toujours (qu’(elle soit ou non rémunérée) mais de plus l’essort des musiques libres (Dogmazic, Jamendo…) prouve que les problèmes de l’industrie du disque n’affectent en  rien la créativité.</p>
<p>Il faut en effet bien séparer deux choses: un circuit de distribution en crise d’un côté, et des auteurs de l’autre. S’il est de bonne guerre pour les majors d’avoir su mettre de leur côté les artistes en les dressant contre leur public, ce n’est pas une raison pour tomber dans le même piège: les artistes ne sont pas  responsables, sinon par leur silence, des dérives d’une profession qui n’a pas su s’adapter. Ils en sont les  victimes, tout comme leur public.</p>
<p>Car non seulement cette industrie n’a pas su évoluer face à la concurrence des nouveaux médias, mais en plus elle n’a même pas su s’adapter à la réalité numérique. Comment expliquer qu’un format médiocre, le MP3, soit devenu l’alpha et l’omega de «l’offre légale» alors même que ce format dégradé (trop compressé, le MP3 implique une perte de qualité par rapport au CD et à d’autres formats comme le FLAC) était celui de la  musique piratée ?</p>
<p>Comment comprendre que, plutôt que de choisir d’offrir des tarifs revus à la baisse pour une qualité revue à la hausse, face à «l’offre» pirate, les distributeurs aient choisi d’offrir… La même chose que ce qui était déjà largement disponible gratuitement sur les sites de P2P ?<br />
Il y avait pourtant là une opportunité évidente de développer l’offre marchande: face à des chansons dépareillées, des albums mutilés, une qualité médiocre (c’était l’état du P2P en 2002), il était possible de proposer à la vente des albums complets, sans perte de qualité, et à un prix correspondant aux économies réalisées dans la diminution des intermédiaires (plus de marge des distributeurs) et dans le prix de revient de «l’objet» CD. C’était une occasion unique!</p>
<p>Làs, et l’on ne peut que s’interroger sur les raisons qui ont conduit à ces choix: ce marché qui se plaint tant de la concurrence a refusé de s’adapter, en n’offrant qu’un répertoire très réduit, de qualité médiocre et à des tarifs parfois plus chers que l’album physique.</p>
<p>Face à une crise sans précédent, on aurait pu penser que le marché s’adapterait, en présentant une offre attrayante et un visage avenant. Mais comment penser que le public préfèrera — surtout sous la menace! — un choix légal plutôt qu’une offre «pirate» qui — oublions son prix — est tout simplement meilleure ?</p>
<p>Pendant que du côté du P2P l’offre de qualité s’étoffait, l’offre légale régressait et inventait les DRM  (protections anti-copie) de sinistrre mémoire. Une erreur de stratégie qui confine à l’aveuglement.<br />
Une fois de plus il serait bon que l’Etat s’interroge: comment peut-on penser qu’une loi telle qu’HADOPI poussera le public vers une offre légale qui n’a même pas été capable d’anticiper de telles évidences ? Est-ce  à l’Etat de légiférer pour sauver une industrie qui ne sait pas s’adapter alors même qu’elle en a tous les moyens ?</p>
<p>Mais il est vrai que le monde de la musique commerciale semble particulièrement réactionnaire, à toujours vouloir à tout prix figer ses modèles économiques dans un passé révolu, même face à une révolution telle qu’Internet.</p>
<p>Il suffit de se pencher sur son évolution pour s’en convaincre. Par exemple, quand à l’époque de la cassette audio nous avons entendu déjà le même discours catastrophique sur le manque à gagner dû à la copie, et plutôt que d’adapter son modèle économique, il a imposé la création d’une taxe sur les bandes magnétiques  sensé limiter le manque à gagner.<br />
Cette taxe a, depuis, été étendue à tous les supports physiques numériques: non seulement vous la payez quand vous achetez des CD vierges (ce qui pourrait se comprendre, le support étant le même que celui sur lequel est vendue la musique «physique»), mais aussi lorsque vous achetez un disque dur externe et même (on croit rêver) lorsque vous achetez une carte mémoire pour votre appareil photo numérique!</p>
<p>Plutôt que d’adapter leurs infrastructures en fonction d’un marché en constante évolution, les majors et les sociétés d’auteurs n’ont su que créer de nouvelles taxes pour maintenir à flots un modèle économique du passé, alors que la musique (qui ne les a pas attendu) s’est dématérialisée (d’abord en passant du CD  physique au lecteur MP3 portable puis en essaimant partout sur Internet), que l’offre s’est élargie (loin de la gestion de la pénurie qu’impliquait un espace physique limité dans les étagères des disquaires), et que les  musiciens eux-mêmes se réjouissaient d’atteindre un public de plus en plus large.</p>
<p>Et lorsque les taxes n’ont plus suffit à équilibrer les pertes induites par cette incapacité à évoluer, les mêmes  ont fait voter des lois (DADVSI en France) supposées limiter par la loi les moyens techniques de la copie (dont les supports restaient pourtant taxés). Et créer encore avant des CD non copiables et qui avaient le «petit» inconvénient de n’être plus lisibles sur tous les lecteurs CD du commerce.</p>
<p>Pire encore, non contents d’imposer des formats incompatibles avec les divers lecteurs CD et MP3 du marché, les distributeurs et les ayant-droit ont multiplié les procès ubuesques et réclamé des avantages  inconvenants.<br />
Qu’on en juge par ces quelques exemples récents:</p>
<p>- en France, le 25 juin 2009, un homme de 36 ans se voit réclamer par la SACEM pas moins de 10000 euros pour avoir téléchargé 4 ans plus tôt de la musique commerciale.</p>
<p>- Aux USA, une mère de famille célibataire est elle condamnée le 19 juin 2009 à verser près de 2 millions de dollars pour avoir téléchargé illégalement 24 chansons.</p>
<p>- le 1er aout 2009, un américain de 25 ans était à son tour condamné à payer 675000 dollars pour avoir téléchargé 30 morceaux de musique.</p>
<p>On peut comprendre la volonté de «faire des exemples», mais comment penser une seule seconde que son image sortira indemne de tels procès ? En criminalisant une activité aussi largement répandue, le monde de la musique ne fait que des martyrs et ne risque pas de faire pitié. Comment peut-on croire que c’est par  la coercition et la menace qu’on attirera à nouveau les clients ? C’est, là encore, faire preuve d’un bel  aveuglement.<br />
Et ce n’est pas tout. Faisant encore une fois montre d’un appat du gain et d’une courte-vue sans commune  mesure, on a vu depuis peu les sociétés d’auteurs réclamer carrément des royalties sur les sonneries de téléphones lorsque ceux-ci jouent en public un morceau d’oeuvre protégé [3], effacer du compte Youtube  d’un artiste sa propre chanson [4], ou carrément réclamer 10% des recettes d’un concert de charité donné  en faveur d’un enfant malade [5].</p>
<p>Et ce ne sont là que quelques exemples très récents.</p>
<p>On saurait se faire aimer plus aisément…</p>
<p>Aujourd’hui, il s’agit donc de faire porter au P2P le chapeau de la crise. Et demain sans doute il s’agira  d’imposer une «taxe globale» qui s’appliquera à tous les accès à Internet pour financer, encore et toujours, cette incapacité à attirer des clients désabusés.<br />
Ces méthodes auront réussi, c’est un comble, à opposer les artistes et leur public. Aujourd’hui elles se  heurtent à la liberté d’expression. Demain elles demanderont le filtrage d’Internet (au grand plaisir de gouvernements eux aussi dépassés et qui n’admettent pas l’existence d’un outil qui permet une information libre).</p>
<p>La vraie question n’est-elle pas: jusqu’où ira cette guerre imbécile avant que les artistes, finalement  confrontés à la vérité, se rebellent et s’opposent, enfin, à ceux qui les ont conduits au désastre plutôt qu’à ceux qui les aiment ?</p>
<p>[1] http://www2.culture.gouv.fr/culture/deps/2008/pdf/chiffcles08.pdf</p>
<p>[2] http://www.sacem.fr/portailSacem/jsp/ep/contentView.do?channelId=-536881813contentId=536900759&amp;pr</p>
<p>[3] http://www.mobileburn.com/news.jsp?Id=7398</p>
<p>[4] http://www.techcrunch.com/2009/07/23/artist-finds-his-own-music-video-removed-from-youtube-lashes–</p>
<p>[5] http://www.rue89.com/ibere-espace/2009/08/15/espagne-pour-faire-la-fete-au-village-merci-de-payer–</p>
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		<title>Bénabar, le libertaire de l’Internet régulé</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2009/07/09/benabar-le-libertaire-de-linternet-regule/</link>
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		<pubDate>Thu, 09 Jul 2009 16:33:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Benabar]]></category>

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		<description><![CDATA[J’avais promis de ne plus en parler, mais puisque c’est le gouvernement qui me relance, revoici donc Hadopi. D’abord, quelques faits et chiffres que je vous (re)donne en vrac et sans commentaire (pour la plupart je m’en suis déjà servi dans d’autres billets, mais je les ai réunis pour mes fiches lors d’un débat — [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’avais promis de ne plus en parler, mais puisque c’est le  gouvernement qui me relance, revoici donc Hadopi.</p>
<p><span id="more-517"></span></p>
<p>D’abord, quelques faits et chiffres que je vous (re)donne en vrac et  sans commentaire (pour la plupart je m’en suis déjà servi dans d’autres  billets, mais je les ai réunis pour mes fiches lors d’un débat —  forcément passionnant puisque j’y participais — et que vous pouvez  écouter <a href="http://www.oxyradio.net/podcast-87.html">ici</a>).</p>
<ul>
<li>Universal Music a connu une baisse de son CA de 7,8% en 2008  mais ses bénéfices étaient en hausse de 11,6% sur un an</li>
<li>Warner  Music Group a vu ses ventes augmenter de 3% sur l’ensemble de l’exercice  2008.</li>
<li>Les français ont acheté 2 fois moins de disques en 2008  qu’en 2002 mais la part du budget consacré aux produits culturels est  stable (5,93% en 1997 et 6,75% en 2007). La fréquentation des salles de  spectacles et de cinéma  augmente, les ventes de téléviseurs, DVD et  autre grimpent en flèche.</li>
<li>La vente des disques vinyles a été en  hausse de 77% en 2008.</li>
<li>Le film «Home», diffusé gratuitement à la  télé et vu par 8 millions de téléspectateurs, et diffusé aussi  gratuitement sur Internet, est arrivé à la 9ème place du box-office la  semaine de sa diffusion en salle alors qu’il n’était diffusé que dans 19  salles sur Paris. Deux semaines après sa diffusion il était encore en  tête des ventes de DVD et de Blue-ray à la FNAC.</li>
<li>Le titre  «Shot in the Back of the Head» de l’artiste Moby a été diffusé  gratuitement (par l’artiste lui-même) pour promouvoir l’album qui le  contient. C’est aussi <a href="http://www.numerama.com/magazine/13391-Un-titre-de-Moby-diffuse-gratuitement-sur-Internet-est-egalement-le-plus-vendu-sur-iTunes.html">le  titre de cet album le plus vendu sur iTunes</a>.</li>
<li>En  2007, sur 45.236 sociétaires qui ont reçu quelque chose de la SACEM (sur  124000 morts ou vivants), seulement 3211 ont touché plus de 10000€.</li>
<li>En  2007, la SACEM elle a réparti la somme totale de 643,5 millions d’euros  en croissance de 1,4% par rapport à 2006 soit seulement 33 euros par  foyer fiscal imposable.</li>
</ul>
<p>Voilà. Vous en tirez les conclusions que vous voulez, mais les  miennes sont les mêmes que celles de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_disque">toutes les études  indépendantes</a>: l’argument maintes fois répété (et par tous les  bords) hier au Sénat sur «les chiffres catastrophiques des ventes de  disques divisés par 3 <em>à cause du piratage</em> » qui «justifie» HADOPI  est un mensonge. Un mensonge. Un mensonge.</p>
<p>Répété trois fois, peut-être que ça rentrera dans la tête du  législateur dont l’assistant tomberait par hasard sur ce billet, et puis  eux-mêmes répètent bien assez souvent leur thèse pour que je répète la  mienne.</p>
<p>Mais, bon: j’avais dit «sous un autre angle», donc là n’est pas mon  propos.</p>
<p>J’aime bien Bénabar (ses chansons, je veux dire: le bonhomme je ne le  connais pas).</p>
<p>Mais ça fait une semaine que je garde un onglet ouvert <a href="http://www.rue89.com/2009/07/03/benabar-sur-internet-on-ne-devrait-pas-conduire-bourre">sur  son interview à Rue89</a>.</p>
<p>Je suis fasciné par cette interview. A chaque fois que je la relis,  je trouve un nouvel angle sur lequel réagir. Je ne sais pas par quel  bout la prendre.</p>
<p>Je vous la résume en quelques mots (mais lisez-la, ça ne prend pas  longtemps): le chanteur n’a pas aprécié que Rue89 relève l’existence d’<a href="http://www.kazados.tv/video-actualite/benabar-mitterrand-sarkozy-polemique-video-1337.html">un  clip</a> — où l’on voit l’artiste à Solidays dénigrer la <em>suffisance</em> du nouveau ministre de la culture et défendre HADOPI — sous le titre «  Bénabar et la suffisance de Frédéric Mitterrand », alors il explique  pourquoi.</p>
<p>Et là, on entre dans la quatrième dimension.</p>
<p>Ca commence très fort avec Bénabar (qui, dans la vidéo, nous assène  que «bien évidemment il faut contrôler Internet pour interdir le  téléchargement» parce qu’il connait plein de potes qui galèrent même si  pour lui ça roule «pour le moment») qui explique que grâce à Internet,  «il n’achète plus la Presse». Ah.</p>
<p>Et qu’il flâne sur Deezer (qui selon l’ADAMI ne verse que des  pouièmes de centimes aux interprètes des chansons qui y sont diffusées).  Ah.</p>
<p>Et qu’il est «libertaire, mais». Ah.</p>
<p>Bon alors, déjà rien que ça, ça suffirait à écrire tout un billet en  temps normal. Comprenez ma peine: je n’ai pour l’instant cité que les  toutes premières lignes de son interview.</p>
<p>Un type qui se dit «libertaire, mais» qui veut qu’on «contrôle  Internet pour interdire le téléchargement» et qui n’achète plus la  presse parce que grâce à Internet il peut accèder à de l’information  gratuite et qui écoute sa musique sur Internet via le média qui rémunère  probablement le moins les artistes, moi ça me fascine.</p>
<p>Plus loin, heureusement, il nous explique que s’il défend HADOPI  c’est que «tout travail mérite salaire».</p>
<p>Je ne développe pas, hein: on va dire que c’est auto-«<em>suffisant</em>».</p>
<p>Lui vend ses albums sur iTunes pour 9,90 euros et trouve ce prix  «loin d’être abusif» (je rappelle que la qualité des titres sur iTunes  est inférieure en qualité à celle d’un CD), mais «pète un plomb quand il  voit son disque en vente à 18 euros chez Virgin».</p>
<p>A quel niveau de prix et de qualité doit-on être pour être entre  «loin d’être abusif» et le pétage de plomb, l’histoire ne le dit pas.</p>
<p>Et je ne vais pas faire non plus l’exégèse de toute son interview:  après tout lisez-la et voyez-vous même si vous trouvez normal que je  trouve ces propos insultants, moi qui ne suis pas anonyme.</p>
<p>Mais quand même: une autre partie m’interpelle. Selon Bénabar,  puisque certains sites (comme celui qui diffuse le clip cité par Rue89)  sont financés par la publicité, ça prouve qu’il n’y a pas de gratuité:  «La gratuité, c’est une fausse valeur, un mensonge. Il n’y a pas de  gratuité : il y a juste de l’argent dont la circulation change».</p>
<p>Alors, quand même, quand on se dit de gauche et libertaire (mais «Il  faut bien quelque chose pour réguler Internet. C’est affligeant de  passer pour un mec de droite que de dire cela ! Réguler, c’est de gauche  !»: de gauche, oui, mais libertaire ?!), quand même donc, je voudrais  rappeler à Bénabar (sait-on jamais: puisqu’il se googlise, peut-être  lira-t’il ces quelques lignes): s’il peut utiliser Internet pour faire  tout ces choses <em>gratuites-mais-payantes</em>, c’est parce que des  libertaires de gauche (qui s’ignoraient) ont développé des normes et des  logiciels «libres», c’est à dire suivant un modèle non-marchand. Et que  ça existe, le non-marchand, sur Internet, et pas qu’un peu, mon «<em>neuveu</em>»!</p>
<p>Bon, je ne demande pas à Bénabar de publier ses oeuvres sous licence  libre (puisque tout est payant), mais est-ce trop demander qu’un peu de  décence ou de réflexion, quand dans le même temps on souhaite que «<em>tous  les commentaires soient modérés a priori</em>», qu’il faut «<em>s’attaquer  à cette question, l’anonymat, c’est sérieux</em>» et qu’on se dit  libertaire?</p>
<p>Mais mon bon monsieur, si la liberté d’expression vous dérange à ce  point, <strong>personne</strong> ne vous force à utiliser Internet pour y trouver  toutes ces informations gratuites en laissant la presse crever!</p>
<p>Tout ça parce qu’en tapant son nom sur Google il n’est pas tombé sur  un site qui le traitait de génie…</p>
<p>Non, Bénabar n’est pas un génie, en tous cas pas quand il parle  d’Internet.</p>
<p>Et hélas, c’est un peu trop souvent le cas de tous ces artistes qui  défendent des choses qu’à l’évidence ils ne comprennent pas, à qui de  toute évidence on n’a pas fourni les quelques faits et chiffres que  j’égrène en début de billet, et qui se retrouvent à défendre  l’indéfendable parce qu’on a osé dire publiquement qu’on est pas du même  avis qu’eux.</p>
<p>Et hélas encore, c’est aussi et encore plus le cas de la (très)  grande majorité de nos législateurs, qui se basent sur on ne sait  quelles pseudo-études censées démontrer que le partage de musique est  nuisible à la création (et qui pour le coup confondent «création» et  «majors», et encore) pour voter des lois ignorantes non seulement  d’Internet mais aussi des droits fondamentaux.</p>
<p>Ah, et Bénabar doit faire partie des 3211 sociétaires privilégiés de  la SACEM qui ont touché plus de 10000 euros sur un an, parce qu’au  palmarès des chiffres d’affaires des chanteurs en 2008, il se classait  second (derrière Francis Cabrel), avec 2,3 million d’euros. Par an.</p>
<p>De quoi se payer l’abonnement à quelques journaux, sans doute ?</p>
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		<title>N’attribuons pas à la malice ce qui peut être attribué à l’incompétence</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Jun 2009 16:26:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Finkielkraut]]></category>
		<category><![CDATA[Pseudonyme]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis que je tiens ce blog , je me contrains à suivre d’un peu plus près les inventions que nos dirigeants éclairés souhaitent appliquer à Internet. Alors, forcément, en défenseur des libertés individuelles que je prétends être, je veille, je surveille, j’essaie d’imaginer par quel biais les Etats — trop longtemps restés inertes face à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis que je tiens ce blog , je me contrains à suivre d’un peu plus  près les inventions que nos dirigeants éclairés souhaitent appliquer à  Internet.</p>
<p><span id="more-513"></span></p>
<p>Alors, forcément, en défenseur des libertés individuelles que je  prétends être, je veille, je surveille, j’essaie d’imaginer par quel  biais les Etats — trop longtemps restés inertes face à un phénomène dont  ils ne mesuraient pas l’ampleur — vont tenter d’empêcher l’inévitable.  De voir quelle forme (autre que dictatoriale et mondiale) aura la  censure d’un réseau prévu pour résister à des attaques atomiques. De  comprendre pourquoi la liberté d’expression des simples citoyens leur  fait si peur. D’anticiper les manières dont des industries dépassées  useront pour conserver leurs modèles économiques obsolètes.</p>
<p>Et d’imaginer des solutions alternatives aux solutions — forcément  rétrogrades — qu’ils voudront à toute force adopter pour rester dans  l’ancien paradigme pyramidaire qui fondait nos sociétés depuis toujours,  et qui est si fortement bousculé par l’avènement du village global.</p>
<p>Parce qu’on ne peut pas toujours s’opposer: il faut bien parfois  aussi proposer…</p>
<p>Mais, il faut bien l’avouer, il arrive parfois qu’on ait tout  simplement envie d’abandonner face à l’éternelle litanie de bétise,  d’incompétence, de manque d’imagination et d’incompréhension à laquelle  il faut faire face.</p>
<p>Or donc, Alain Finkielkraut est opposé à la liberté d’expression et «<em>aux  droits de l’homme tels qu’ils se manifestent sur Internet</em>», et plus  particulièrement il considère comme «<em><strong>absolument stupide</strong></em>»  la décision du Conseil Constitutionnel concernant la censure de la loi  HADOPI.</p>
<p>En effet, sur France Inter, <a href="http://www.pcinpact.com/actu/news/51645-alain-finkielkraut-decision-sages-stupide.htm">il  fustigeait vendredi matin</a> ce «<em>droit invraisemblable de chacun à  l’expression et à la <strong>consommation</strong></em>» que la décision du Conseil  plaçait en amont — quelle arrogance! — du droit d’auteur !</p>
<p>Rappelons-lui avec délicatesse que la décision a été rendue du  faitque la loi Hadopi méconnaissait «<em>le caractère fondamental du  droit à la liberté d’expression et de <strong>communication</strong></em>».</p>
<p>Alain Finkielkraut a en fait simplement cru entendre «<em>consommation</em>»  quand le conseil constitutionnel disait «<em>communication</em>». Il vaut  mieux lui accorder cette surdité partielle — à son age on a bien droit à  quelque indulgence — plutôt que d’imaginer qu’il soit à ce point  réfractaire à la liberté d’expression des ignorants que nous sommes (la  sienne ayant de tout temps eu droit à toute l’exposition nécessaire, on  comprend qu’il ne la défende pas pour des gens forcément moins  intelligents que lui).</p>
<p>Parce que s’il n’est pas sourd, comment expliquer qu’un philosophe de  son envergure puisse confondre consommation et communication… Non: il  est vieux et il en veut aux sages «<em>d’avoir voulu devenir des jeunes</em>».</p>
<p>Indulgence, donc.</p>
<p>Mais Alain Finkielkraut n’est pas législateur, alors, bon: qu’il soit  pour ou contre HADOPI, quelle importance après tout. Qu’il ne comprenne  pas qu’Internet ne soit pas qu’un phénomène de «<em>jeunisme</em>», qu’il  n’en imagine ni la portée sociale ni les implications révolutionnaires  dans tant de domaines, on pourra toujours se dire qu’il est simplement  dépassé par la chose et passer outre — quoique forcément un peu dépité  par le peu de profondeur de sa réflexion sur ce thème.</p>
<p>Le sénateur Yves Détraigne, par contre, c’est autre chose. Et surtout  c’est extrèmement symptomatique du délire (oui, je pèse mes mots) dont  nos élites semblent atteintes dès lors que le mot «Internet» leur arrive  aux oreilles.</p>
<p>Déjà, il n’est pas vieux. Ensuite, il est sénateur. Et il est membre  de la «commission des lois constitutionnelles, de législation, du  suffrage universel, du règlement et ‘administration générale» du Sénat,  et — surtout — il est co-auteur avec Anne-Marie Escoffier d’un rapport  sur «<em>la vie privée à l’heure des mémoires numériques</em>».</p>
<p>Pour une fois, rien à dire: c’est un point d’une importance capitale,  à l’heure où Google sait tout de vous, à l’heure où la police commence à  préférer Facebook à Edwige et où — gràce à l’interconnexion des divers  renseignements que vous laissez sur divers e-commerces — les  publicitaires peuvent entamer des campagnes de spam ciblées à un point  que vous auriez du mal à imaginer si vous ne les subissiez déjà.</p>
<p>Point important de ce rapport: l’adresse IP deviendrait  définitivement une «donnée personnelle» (ce qu’elle fut jusqu’à ce que  le Conseil d’Etat, dans une décision pour le moins stupéfiante au regard  du droit européen, dise le contraire et contraigne ainsi la CNIL à  autoriser les ayants-droits à vous ficher sans que vous puissiez rien y  faire), et à ce titre, soit protégée des fichages anarchiques par une  CNIL renforcée.</p>
<p>En voilà une bonne idée, presque incroyable tant elle est simple et  de bon sens (car en effet, une adresse IP peut indirectement constituer  un moyen de  remonter à votre identité, ce qui fait d’elle une <em>donnée  personnelle</em> au sens de la directive 95/46/CE).</p>
<p>Mais mais mais… Voici que la recommendation 14 de cet excellent  rapport — recommendation qui préconise un droit à «<em>l’hétéronymat</em>»  (un terme précis qui en littérature s’applique à un écrivain utilisant  un pseudonyme pour incarner un nouveau genre: Vernon Sullivan est un  hétéronyme de Boris Vian) — arrive, et patatras: tout s’écroule de  nouveau.</p>
<p>Comme si ce vieux mal qui semble atteindre nos politiques lorsqu’il  s’agit d’Internet était une espèce de virus résistant aux meilleurs  traitements.</p>
<p>Déjà, je ne sais pas pour vous, mais dans mon cas il est rare que je  change de style selon le site où je m’exprime et le pseudonyme que j’y  ai choisi, mais, bon, admettons la préciosité du choix des mots.</p>
<p>Ensuite vient le débat sur l’anonymat, le pseudonymat (ou  l’hétéronymat si c’est la mode) et l’identité en ligne. Ca c’est un  point important.</p>
<p>Longtemps j’ai défendu l’idée que <em>dès lors qu’on usait de son  droit à l’expression publique, on devait accepter la responsabilité qui y  est attachée et assumer ses propos sans se cacher</em>. On m’a rétorqué  l’existence des dissidents dans les régimes dictatoriaux, et j’ai  répondu que l’anonymat total sur Internet était à la limite du mythe,  surtout dans de tels régimes.</p>
<p>Bref, j’ai finalement évolué et admis la pratique du pseudonymat:  après tout pourquoi refuser au citoyen ce que l’écrivain pouvait se  permettre? Va donc pour le pseudonymat/hétéronymat sur Internet pour  protégr la vie privée et la séparer de son expression publique, du  moment que la justice peut remonter à un auteur via son adresse IP dans  le délai imparti pour un délit de presse.</p>
<p>Je suis donc d’accord avec ce bon sénateur?</p>
<p>Faut voir: lors du colloque «Droits et libertés dans la société  numérique», organisé par la secrétaire d’état en charge de l’économie  numérique (Nathalie Kosciusko-Morizet) jeudi dernier, Yves Détraigne a  précisé sa pensée. Et c’est là que le délire intervient: suivez-moi  bien.</p>
<p>Pour faciliter le travail de la justice, il propose que «<em>ces  identités alternatives soient déposées auprès d’un organisme chargé de  les gérer</em>».</p>
<p>Pin-pon, appelez les gentils messieurs en blanc, faites usage du  défibrillateur, passez-lui les sels, je ne sais pas, mais faites quelque  chose!</p>
<p>Imaginez un cas usuel: je veux réagir à un billet de blog. On me  demande de me créer un compte. Je choisis d’utiliser un pseudonyme pour  éviter qu’un futur employeur puisse me reprocher un jour mon «<em>hou la  menteuse!</em>».</p>
<p>Simple: je vais à la préfecture (en ligne ou non, peu importe). Je  dépose mon identité réelle et le pseudonyme (éthéronyme, pardon) que  j’ai choisi.</p>
<p>Ah, il est déjà pris par un autre. Bon. Je trouve un pseudonyme  unique en son genre. L’organisme en charge me donne (si c’est payant je <em>veux</em> que ce marché me soit ouvert: j’ai besoin de refaire fortune)  l’autorisation de m’identifier sous ce pseu^Hétéronyme. Ca y est, je  reviens sur le blog, je crée mon compte via un système qui vérifie que  l’hétéronyme que j’ai choisi  a bien été déposé légalement et correspond  bien à mon IP, je dépose mon commentaire, et je poursuis ma navigation.</p>
<p>Euh, attendez. Je me suis perdu en chemin là.</p>
<p>La recommendation 10 du <em><strong>même</strong></em> rapport affirme «sans  ambiguïté» qu’une adresse IP est une donnée à caractère personnel (donc  qu’à partir d’icelle on peut retrouver qui je suis). D’ailleurs le  système de création de compte du blog n’aura pas eu d’autre choix pour  respecter la loi que de faire appel à un système chargé de valider mon  hétéronyme et il ne dispose que de mon IP pour le faire (à moins  d’imaginer que tout site français devra utiliser un système unique  d’identification géré par l’état, ce qui dans le cadre d’un rapport  supposé garantir le respect de la vie privée sur Internet serait, osons  le mot, surréaliste).</p>
<p>Donc avec mon IP l’organisme en charge peut retrouver mon identité  réelle.</p>
<p>Donc je n’ai pas besoin de déposer mon hétéronyme.</p>
<p>BIP! Connerie repérée ! Le mot-virus «Internet» a encore frappé!</p>
<p>Bon, j’arrête là, je reprends mon souffle, je me calme, je prends  quelques tranxènes.</p>
<p>Revenons au monde réel. Je suis un écrivain. Je choisis d’utiliser un  (ahem) hétéronyme. Des milliers d’écrivains ont fait pareil avant moi.  Jamais, JAMAIS aucun législateur n’a seulement commencé à imaginer dans  ses rêves les plus humides que je sois d’abord forcé d’aller en  Préfecture déposer le nom dont j’ai choisi de signer mon oeuvre: en cas  de délit et via mon éditeur la justice saura bien me retrouver. Pas de  problème: liberté d’expression contre responsabilité civile et pénale de  mes propos, RAS.</p>
<p>Mais sur Internet ? Ah la la, Internet, mais mon bon monsieur,  Internet ce n’est pas la vie réelle! Internet est une zone de non-droit.  Il est plus grave, pour la justice, qu’un pédophile ait trouvé sa  victime sur Internet que s’il l’a repéré dans un square public (si si).  C’est bien la preuve!</p>
<p>Sur Internet, c’est différent. Internet change la société, il faut  donc qu’on légifère sur Internet. C’est d’une logique sans faille. Faire  des lois qui s’appliquent partout pareil quel que soit le moyen  d’expression, de communication (ou de consommation) choisi, ce n’est  plus possible: il FAUT des lois et des organismes pour réguler Internet  en tant que tel.</p>
<p>Pourquoi ? Parce que Internet. Et puis ta gueule. On a longtemps été  dépassés par ce truc, alors, maintenant, <em>on légifère</em>. Et puis  c’est tout.</p>
<p>LCEN? Internet.</p>
<p>HADOPI? Internet.</p>
<p>LOPPSI? Internet.</p>
<p>Pédophilie? Internet.</p>
<p>Sécurité? Internet.</p>
<p>Philippe Val? Alain Finkielkraut? Françoise Giroud? Sarkozy?  Internet.</p>
<p>Eh bien, moi, je propose une loi pour interdire de traiter un citoyen  différemment selon qu’il use d’Internet ou du papier. Selon qu’il agit  sur Internet ou ailleurs.</p>
<p>Ah, ça existe déjà et c’est même dans la Constitution qui parle  d’égalité des citoyens devant la loi?</p>
<p>Ah, mais, la Constitution, c’est dépassé: Internet.</p>
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		<title>Hadopi, assez ! Revenons sur terre (lettre ouverte aux artistes)</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2009/06/11/hadopi-assez-revenons-sur-terre-lettre-ouverte-aux-artistes/</link>
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		<pubDate>Thu, 11 Jun 2009 16:23:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Artiste]]></category>
		<category><![CDATA[Johnny Hallyday]]></category>

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		<description><![CDATA[Non, non, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas encore une fois parler de ce délire mort-né et perdre du temps à analyser son retoquage au Conseil Constitutionnel. Je voudrais plutôt revenir sur ce qui semble être un fait acquis (que ce soit pour les tenants ou les opposants à cette loi) : la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Non, non, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas  encore une fois parler de ce délire mort-né et perdre du temps à  analyser son retoquage au Conseil Constitutionnel. Je voudrais plutôt  revenir sur ce qui semble être un fait acquis (que ce soit pour les  tenants ou les opposants à cette loi) : la rémunération des artistes  face au piratage.</p>
<p><span id="more-511"></span></p>
<p>Il y a quand même une sacrée hypocrisie qui sous-tend tout ce débat:  d’où que vienne l’opinion, il s’agirait dans tous les cas de sauvegarder  le revenu des artistes floués par le téléchargement illégal. License  globale contre coupure d’Internet, taxes sur les opérateurs contre  mécénat, dans tous les cas on cherche à faire payer (dans un sens du  terme ou l’autre,peu importe) les «pirates».</p>
<p>Mais pourquoi ?</p>
<p>Un fait: aucune étude indépendante (des majors ou des distributeurs)  n’a <strong><em>jamais</em></strong> pu établir de lien entre piratage et baisse des  ventes. Dans le pire des cas ce phénomène ne change rien, dans le  meilleur on s’aperçoit qu’en réalité les plus grands pirates sont aussi  les plus grands acheteurs.</p>
<p><strong><em>A aucun moment</em></strong> les artistes n’ont perdu le moindre  centime à cause du P2P.</p>
<p>C’est même plutôt l’inverse.</p>
<p>Il faudrait quand même une bonne fois pour toutes le dire et le  redire !</p>
<p>L’économie numérique a ses lois, infrangibles et sur lesquelles  toutes les législations nationales ne pourront que se casser les dents.</p>
<p>La principale d’entre elles, c’est la disparition des intermédiaires.  Du producteur au consommateur, c’est la règle d’Internet. Et créer des  taxes sur les échanges de données ne servirait à rien d’autre qu’à faire  survivre artificiellement des organismes en mort clinique: j’ai nommé  les majors et les distributeurs.</p>
<p>Oh, on peut faire un peu de prospective si on veut: j’imagine très  bien qu’une économie de la sélection se mette un jour en place, comme  pour les radios, et que des sites spécialisés sur un type de musique ou  un autre se développent un jour, à l’instar des radios musicales, pour  faire un tri dans une offre devenue foisonnante parce que ne souffrant  plus de la sélection des maisons de disques. Financés par la publicité  ou l’abonnement, faisant payer la <em>valeur ajoutée</em> de la sélection  humaine, ils permettront pourquoi pas de rémunérer les artistes ainsi  choisis.</p>
<p>Au moins, un tel modèle respecterait ce qui ne peut plus être changé:  la dématérialisation des contenus implique la disparition des  fabricants et des vendeurs de contenants. Un fait simple. Irréfutable,  même si l’argent qu’ils ont amassé durant des années leur permet  temporairement de faire pression sur les politiques pour retarder (un  peu) leur inéluctable disparition.</p>
<p>Mais ce n’est pas vraiment mon propos.</p>
<p>Imaginons un auteur de musique, et choisissons le cas le plus extrême  possible: disons qu’il faut à cet artiste théorique <strong><em>dix ans</em></strong> de travail incessant pour créer un album et que, compte tenu du fait  qu’il ne travaille pas seul, ce travail coûte 15000 euros par mois.</p>
<p>Il faudrait donc que, d’une manière ou d’une autre, la société le  rémunère à hauteur d’environ 2 millions d’euros pour le travail que cet  album a représenté.</p>
<p>Ca semble normal, et puisque nul ne nie la place importante de  l’artiste dans la société, il faut bien qu’il puisse vivre de son  travail.</p>
<p>Mais voilà: comme je le signalais dans un autre billet, 2 millions  d’euros c’est à peu près ce que touche un Johnny Hallyday <em><strong>chaque  année</strong></em>.</p>
<p>Dans une société qui cherche à réduire l’écart entre les plus riches  et les plus pauvres, où l’on commence à chasser les parachutes dorés, je  trouve ces montants indécents. Suis-je le seul ?</p>
<p>Mais si seulement ça s’arrêtait là.</p>
<p>Un jour ou l’autre, l’idole des jeunes disparaîtra. Mais l’obole qui  lui était versée de son vivant chaque année continuera à être versés à  ses <em>ayant-droits</em>. Pendant 70 ans.</p>
<p>Pourquoi ? Quelle est la justification d’un tel modèle économique ?  En quoi le travail du maçon qui construit une maison est-il si différent  qu’il n’aie pas droit, lui aussi, à des royalties pour toute  utilisation future de son oeuvre jusqu’à 70 ans après sa mort ?</p>
<p>Je dis, j’affirme, que — s’il n’est pas question de remettre en cause  la notion de droit patrimonial d’une oeuvre — il serait grand temps par  contre de revenir un tant soit peu sur les méthodes utilisées  aujourd’hui pour rémunérer le travail d’un artiste.</p>
<p>Qu’il dispose de son oeuvre à son gré: fort bien. Qu’il en maîtrise  la diffusion: excellent. Qu’il touche du fric sur chaque utilisation de  son oeuvre une fois celle-ci (plus que) largement rémunérée: pourquoi ?</p>
<p>Aujourd’hui, voici comment les choses se passent pour la très grande  majorité des artistes: la SACEM touche l’argent des concerts, celui des  ventes d’albums, celui des passages télévisés et radiodiffusés, celui  des chorales (eh oui). Plus une taxe sur tous les supports physiques  vierges (CD, DVD, cassettes, VHS…) existants. Et j’en oublie  certainement. Pourquoi pas une taxe quand on chante sous sa douche.</p>
<p>La «license globale» viendrait en sus, donc, pour équilibrer un  manque à gagner (qui n’existe pourtant pas) dû au peer to peer.</p>
<p>Ensuite, en fonction du nombre de diffusions, l’argent est réparti  entre les membres (moins une petite centaine de millions d’euros par an  pour ses frais de fonctionnement, quand même, il faut bien vivre).</p>
<p>Ce qui fait que plus un artiste est connu, plus il est diffusé, plus  il gagne. Une sorte de prime à la popularité (ce qui explique entre  autre la fabrication de célébrités des Star’ac et autres). Ca semble  logique.</p>
<p>Logique ? A voir. Et c’est là le fond du problème à mon sens: ce  système peut sembler juste, mais force est de constater qu’il ne l’est  pas.</p>
<p>Quelques artistes gagnent (ainsi que leurs enfants, et  petits-enfants) des millions d’euros par an alors que d’autres sans  doute tout aussi talentueux et utiles à la société mais n’ayant pas eu  la chance d’être connus végètent avec bien moins qu’un SMIC.</p>
<p>Ces gens font le même métier. Le même travail.</p>
<p>On peut comprendre qu’un maçon mieux connu qu’un autre ait plus de  chantiers et (donc) gagne plus que son concurrent, mais en contrepartie  il fournit plus de travail. Quel travail un artiste fournit-il  lorsqu’une copie de sa musique est échangée sur Internet ? Aucun.</p>
<p>On peut aussi supposer — il faut bien se baser sur quelque chose —  que la popularité d’un artiste joue sur sa rémunération.</p>
<p>Mais avec de telles disparités ? Nulle part ailleurs que dans le  milieu artistique de telles différences de ce qu’il faut bien appeler un  salaire ne serait accepté. Ni acceptable.</p>
<p>Alors, par pitié, un peu de retenue mesdames et messieurs les  artistes (connus, ça va sans dire) qui se sont déclarés favorables à  HADOPI. Vous êtes des privilégiés parmi les privilégiés, des nantis  parmi les nantis, vous continuez à gagner de l’argent sur un travail  déjà largement rémunéré depuis des années, vos enfants continueront de  gagner de l’argent sans rien faire, et vous osez venir pleurer dans les  chaumières sur votre pseudo manque à gagner ?</p>
<p>C’est indigne.</p>
<p>J’attends, moi, de vous voir vous battre non pas contre ceux qui vous  aiment et vous écoutent mais contre ceux qui vous plument sans autre  raison que de voir perdurer des professions destinées par nature à  disparaître. J’attends, moi, de vous voir vous battre pour une plus  juste répartition des sommes perçues par les sociétés d’auteurs.  J’attends d’ailleurs que vous vous révoltiez contre le mode de vie  somptuaire de ces sociétés d’auteurs.</p>
<p>Et j’espère qu’un jour vous aurez assez d’honnêteté et de conscience  pour limiter la durée de votre droit d’auteur à quelque chose de  socialement acceptable, fut-ce au prix pour vos enfants d’être — les  pauvres — obligés de travailler pour vivre. Par exemple en fixant un  montant limite à partir duquel vous vous considèrerez comme ayant été  assez payé pour une oeuvre afin qu’elle passe dans le domaine public. Ce  ne serait que justice.</p>
<p>Il est grand temps qu’une véritable réflexion s’engage sur ces sujets  là et qu’on cesse de considérer le modèle actuel comme intouchable et  indiscutable.</p>
<p>Et, par pitié, cessez de vous plaindre et tâchez d’écouter un peu,  par exemple, ceux qui n’ont pas la chance d’être aussi connus que vous  et qui — eux– défendent le peer to peer et Internet comme moyen de se  faire connaître plutôt que comme un danger.</p>
</div>
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		<title>Loppsi — On censure</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2009/05/29/loppsi-on-censure/</link>
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		<pubDate>Fri, 29 May 2009 16:40:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[LOPPSI]]></category>

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		<description><![CDATA[Dormez en paix, braves gens: avec LOPPSI, le gouvernement ne veut que votre bien-être et votre sécurité. Vous serez, enfin, protégés de la profusion des sites pédo-pornographiques: ceux-ci seront filtrés, censurés, effacés. Vous ne risquerez plus de tomber par hasard sur des images choquantes telles que celle-ci. Les gendarmes, auparavant chargés de surveiller et d’interpeller [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dormez en paix, braves gens: avec LOPPSI, le gouvernement ne veut que  votre bien-être et votre sécurité.</p>
<p><span id="more-522"></span></p>
<p>Vous serez, enfin, protégés de la profusion des sites  pédo-pornographiques: ceux-ci seront filtrés, censurés, effacés. Vous ne  risquerez plus de tomber par hasard sur des images choquantes telles  que <a title="Madonna del cardellino" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Raffael_031.jpg">celle-ci</a>.</p>
<p>Les gendarmes, auparavant chargés de <a title="Opération Nemesis" href="http://www.france24.com/fr/20090526-france-justice-pedophile-90-arrestations-image-videos-pedo-pornographiques-enfants-sexe">surveiller et d’interpeller</a> les  pédophiles qui se connectaient sur ces sites pour échanger photos et  vidéos (des sites qui pullulaient, ainsi que chacun a pu le constater en  naviguant tranquillement sur le web), les gendarmes, donc, n’auront  plus qu’à ajouter à une liste noire secrète le nom de ces sites  dégoutants pour que disparaissent enfin tous les pédophiles.</p>
<p>Mais si, puisqu’on vous le dit !</p>
<p>Allons! Comment pourrait-on croire une seule seconde qu’on devient  pédophile autrement que par la faute d’Internet ? Comment penser que les  photos diffusées par ces criminels étaient dans le passé échangées par  la Poste ? Comment imaginer que leur «exposition» sur le web a permi  depuis quelques années la multiplication des arrestations de réseaux qui  sinon seraient restés dans l’ombre ?</p>
<p>Brisons là le second dégré.</p>
<p>Je ne sais pas pour vous, mais dans mon cas je n’ai jamais autant  entendu parler de coups de filet concernant des centaines de pédophiles  que depuis qu’Internet leur sert d’outil d’échange.</p>
<p>Vous n’aviez pas remarqué ? Combien d’affaires de ballets roses et  bleus, avant l’avènement d’Internet ? Et combien de réseaux démantelés  depuis ?</p>
<p>Internet est un réseau public. Ce qui s’y échange laisse des traces,  que notre police sait remonter. Mais trouver un site pédophile n’est pas  chose aisée (en 16 ans d’utilisation intensive d’Internet, je n’en ai  personnellement jamais vu) et leur filtrage n’est pas la première chose à  faire. Quand un de ces sites est répéré, prenons l’exemple récent déjà  cité de <a title="Opération Nemesis" href="http://www.france24.com/fr/20090526-france-justice-pedophile-90-arrestations-image-videos-pedo-pornographiques-enfants-sexe">«l’opération Nemesis»</a>, il faut des années  de surveillance pour remonter jusqu’à ceux qui l’utilisent en  s’anonymisant de leur mieux (4 ans d’enquète dans le cas de Nemesis).</p>
<p>Alors cessons de croire une minute à la démagogie facile de  l’argument pédophile dans ce qui n’est finalement que l’organisation  générale du filtrage du réseau: si une chose est absolument certaine  c’est que justement, ce seront les sites pédophiles qui ne seront pas  filtrés avant que la police n’ait eu le temps de faire son boulot (à  moins de penser que notre gouvernement préfère les laisser libres pourvu  que leurs activités se déroulent en dehors d’Internet, ce que je me  refuse à croire).</p>
<p>Mais alors ? Alors pourquoi mettre en place un tel filtrage qui,  rappelons le, concernera une liste <strong><em>secrète</em></strong> de sites ?</p>
<p>Je vous laisse imaginer, mais je vais vous raconter une histoire.</p>
<p>L’an dernier, à peu près à cette époque, j’étais avec ma famille en  vacances en Tunisie. Un bien beau pays, dirigé comme on le sait d’une  main de fer par un président omnipotent et où l’expression d’opinions  politiques est pour le moins, disons, problématique.</p>
<p>En bon accro que je suis, j’avais bien pris garde en louant notre  lieu de résidence à choisir une maison équipée d’Internet. Et dès le  premier soir j’ai voulu me connecter sur Mediapart.</p>
<p>Quelle surprise: le navigateur m’a affiché une «error 404, page not  found».</p>
<p>Par acquis de conscience, je me suis connecté (via un VPN chiffré)  sur un de mes serveurs en France, et de là, sans le moindre problème,  j’ai pu vérifier que mon site préféré existait toujours, et répondait  normalement.</p>
<p>Mais voilà: en Tunisie, il existe un système permettant au  gouvernement de filtrer l’accès aux sites présents dans une liste noire  secrète. Ce qui est, très exactement, ce qui est en train de se mettre  en place ici-même.</p>
<p>Pour lutter contre la pédophilie ? Laissez-moi rire.</p>
<p>Il est difficile, particulièrement en période de crise alors que la  principale préoccupation de la population concerne l’avenir immédiat, de  mobiliser les gens quant à la défense de leurs libertés fondamentales.</p>
<p>Il est facile, quand on médiatise la moindre agression pour dénoncer «<em>la  montée de l’insécurité</em>», de légiférer dans l’urgence et en jouant  sur la peur et sur les réactions primaires à quelques mots-clés (et le  mot «<em>pédophiles</em>» est sans doute le meilleur) de limiter les  droits fondamentaux.</p>
<p>Alors imaginez: faire passer une loi en urgence, pendant les grandes  vacances, en période de crise et de «<em>montée de l’insécurité</em>», le  tout pour «<em>lutter contre la pédophilie</em>»…</p>
<p>Qui osera voter contre ?</p>
<p>Du jour où le web a existé, les grands de ce monde (qui jusque là  avaient seuls le droit à la parole publique) en ont dénoncé les «dérives  pirates, pédophiles et néonazies». Mots-clés.</p>
<p>Les pirates ont été traités par HADOPI. Les pédophiles le seront par  la LOPPSI. Les néonazis suivront si besoin est.</p>
<p>Et votre liberté à vous disparaîtra avec eux.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Droits d’éditeurs</title>
		<link>http://www.non-droit.org/2009/04/16/droits-dediteurs/</link>
		<comments>http://www.non-droit.org/2009/04/16/droits-dediteurs/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 16 Apr 2009 16:14:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>laurent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Artiste]]></category>
		<category><![CDATA[Auteur]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Higelin]]></category>
		<category><![CDATA[Pascal Nègre]]></category>

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		<description><![CDATA[Mon troisième et dernier article sur ce thème rebattu, puisqu’on sait désormais que cette loi Hadopi — stupide économiquement et moralement — passera coûte que coûte, pour parler cette fois un peu plus sérieusement du fond. J’ai choisi pour développer ce thème de m’appuyer sur l’intervention de Laurent Joffrin, dans un «duel» sur France Info [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mon troisième et dernier article sur ce thème rebattu, puisqu’on sait  désormais que cette loi Hadopi — stupide économiquement et moralement —  passera coûte que coûte, pour parler cette fois un peu plus  sérieusement du fond. J’ai choisi pour développer ce thème de m’appuyer  sur l’intervention de Laurent Joffrin, dans un «duel» sur France Info le  matin du 10 avril. Les passages en italique sont des retranscriptions  de cette émission (qu’on peut écouter en totalité <a href="http://www.france-info.com/IMG/mp3/hadopi_2009-04-10-09-57-05.mp3">ici </a>).</p>
<p><span id="more-503"></span></p>
<p>Loin de moi l’idée de m’en prendre à ce journaliste en particulier:  il est simplement le meilleur exemple qu’il m’ait été donné d’entendre  du discours de désinformation ambiant, et c’est en tant qu’exemple que  je décortique ici son discours.</p>
<p>Voici ce que Laurent Joffrin pose en préalable de son intervention:</p>
<p><em>«Cette loi part d’un principe qui n’est pas faux: c’est à dire  qu’il faut maintenir le principe du droit d’auteur. Qui a été créé par  Beaumarchais. C’est du temps de Beaumarchais qu’on a créé le droit  d’auteur, c’était un grand progrès, et ça a permis de rémunérer les  artistes.»</em></p>
<p>Bon. Il s’agit d’oral, pas question donc de traiter de la forme, mais  le fond?!</p>
<p>Quelle quantité d’idées reçues, d’erreurs et de non-sens!</p>
<p>Mais qui, hélas, montrent bien l’énorme manque de culture générale   et l’énorme quantité de désinformation dans ce domaine (volontairement?)  complexe du droit d’auteur.</p>
<p>Mais qui, hélas aussi, montrent bien combien le discours des lobbys  du disque portent même jusqu’à des oreilles qu’on pourrait croire plus  critiques que la moyenne…</p>
<p>Je vais poser, moi, en préalable, <a href="http://www.freescape.eu.org/biblio/article.php3?id_article=33">ce  texte</a> pour éclairer ce débat et mon propos.</p>
<p>Vous l’avez lu ? Non ? Vous devriez.</p>
<p>Loin des idées reçues, nous voici face à une réalité historique à  laquelle il faut bien évidement se rapporter pour pouvoir entamer un  dialogue qui ne soit pas entâché de propagande:</p>
<p><em>«Il faut maintenir le principe du droit d’auteur»</em></p>
<p>Laurent Joffrin commence par une pétition de principe qui mériterait  d’être soutenue par autre chose qu’un argument d’autorité qui serait  bien peu digne de son auteur s’il n’était pas lui aussi une victime de  la désinformation ambiante: en quoi le fait qu’il ait été créé à peu  près à l’époque de Beaumarchais serait une raison pour affirmer que le  principe du droit d’auteur est toujours d’actualité ?</p>
<p>D’autant plus que c’est très exagéré, pour ne pas dire faux.</p>
<p>Je vous renvoie à l’histoire du droit d’auteur déjà citée: donner la  paternité d’un principe à l’avocat qui l’a défendu, c’est comme  d’affirmer que la peine de mort a été abolie par le seul Robert  Badinter: pire qu’une simplification, c’est à la limite du mensonge.</p>
<p>Ensuite, d’un point de vue sémantique, cette façon d’entamer un débat  en faisant d’une simple opinion une vérité ne serait que pure  manipulation si, encore une fois, son auteur n’était pas englué dans des  certitudes qu’on lui a enfoncées dans le crâne à force de mensonges  éhontés.</p>
<p>J’affirme, moi, qu’une bonne partie du principe du droit d’auteur tel  qu’il existe est à revoir si l’on veut enfin tenir compte de la  dématérialisation du savoir. Ce principe (basé à l’origine sur la  recherche d’un équilibre entre l’auteur, l’imprimeur, l’éditeur ou la  major dans le domaine musical, le diffuseur et le public) est depuis  trop longtemps devenu presque exclusivement un moyen de subsistance  d’industries désormais dépassées.</p>
<p>Il n’a plus le moindre équilibre (l’auteur et le public étant les  dindons de la farce). Ce qui est logique d’ailleurs, au vu des rapports  de force en place et de la puissance des industriels face aux autres  parties. Tout est à revoir.</p>
<p>Ce n’est que mon opinion, je l’admets, mais au moins est-elle fondée  sur autre chose qu’un simple argument d’autorité!</p>
<p><em>«C’est du temps de Beaumarchais qu’on a créé le droit d’auteur,  c’était un grand progrès, et ça a permis de rémunérer les artistes.»</em></p>
<p>Faux, contre-vérité, mensonge ici encore. Heureusement, les artistes  n’ont pas attendu Beaumarchais pour être rémunérés: ils l’étaient déjà  des siècles avant sa naissance, par des moyens divers et variés (la  représentation de leurs oeuvres, la reconnaissance sociale, la notoriété  qui permettait de trouver du travail rémunéré… On retrouve  étrangement pas mal de ce qui fonde l’économie du logiciel libre dès  qu’on se pose cette question de la rémunération d’une oeuvre de  l’esprit).</p>
<p>Ce qui est vrai, c’est qu’à l’époque il s’agissait en effet d’un  grand progrès pour les auteurs dans leur combat <strong>contre les éditeurs</strong>,  et pas du tout contre le public (qui était à l’époque défendu par les  auteurs comme celui qui devait pouvoir librement disposer des oeuvres  «au nom de l’accroissement des connaissances»). Lors de la création du  droit d’auteur, <strong>ce sont les éditeurs</strong> qui sont les «pirates» qui  diffusent des oeuvres sans avoir l’accord de l’auteur et — évidemment —  sans le rémunérer.</p>
<p>J’en profite pour rappeler ici que les statuts de la SACEM <strong>interdisent</strong> à ses artistes membres de diffuser leurs oeuvres eux-mêmes ou  d’autoriser cette diffusion s’ils n’en tirent aucun bénéfice (bénéfices  perçus par la SACEM qui en conserve une partie pour son propre  fonctionnement en plus de ce qu’elle redistribue). La SACEM est de plus  la <strong>seule</strong> habilitée à délivrer les autorisations permettant  l’exploitation licite d’une oeuvre (article 6.1 du contrat-type de la  SACEM).</p>
<p>Remettons les choses à leur place: après tout rien n’a vraiment  changé (j’apprenais d’ailleurs ces derniers jours dans <a href="http://www.humanite.fr/2009-04-11_Tribune-libre_Le-monde-fou-des-boutiquiers-du-disque">un  article de l’Humanité</a> que l’artiste touche moins de 3 centimes  d’euros sur les 99 centimes du prix de vente <strong>en ligne</strong> d’un  morceau!).</p>
<p>Si les artistes ont un combat à mener aujourd’hui, c’est celui  consistant à créer une licence globale (par exemple) qui leur permettra  de diffuser leurs oeuvres et d’être rémunérés sans en passer par les  fourches caudines des maisons d’édition, dont le rôle ne serait plus  qu’annexe (la diffusion et la vente des pochettes, oeuvres à part  entière tout aussi dignes d’intérêt que le contenu dématérialisé de la  musique, par exemple encore).</p>
<p>Comment, en se replaçant dans le contexte historique, peut-on  imaginer qu’à l’époque de l’auto-édition, du web 2.0, des blogs, des  plate-formes de téléchargement de musique libre telles que <a href="http://www.jamendo.com/fr">Jamendo</a>, les artistes, les auteurs,  le pouvoir ne voient pas plus loin que la défense de dinosaures qui ne  se sont pas encore rendus compte qu’il étaient déjà morts?</p>
<p>Comment peut-on avoir une vision si courte ?</p>
<p>Où est le Beaumarchais qui défendra cette cause aujourd’hui ?</p>
<p><em>«Le téléchargement illégal ou gratuit supprime la rémunération des  artistes et des producteurs, et donc elle a créé une division par deux  du chiffre d’affaire de la musique»</em></p>
<p>Une affirmation sans preuve de plus. Universal Music a connu une  baisse de son CA de 7,8% en 2008 mais <strong>ses bénéfices étaient en hausse  de 11,6% sur un an</strong>. Warner Music Group a vu ses ventes augmenter de  3% sur l’ensemble de l’exercice 2008. Où est passée la division par 2  annoncée à grand renfort de publicité par le ministre (et ici par  Laurent Joffrin) ? On comprend mieux que même l’UFC-Que Choisir réclame à  présent des expertises sur ces chiffres balancés à tout va pour  justifier l’injustifiable…</p>
<p><em>«et une chute radicale des revenus qui échouent d’habitude aux  artistes, aux musiciens.»</em></p>
<p>Faisons pleurer dans les chaumières, il en restera toujours quelque  chose: pauvres artistes qui connaissent une «chute radicale des  revenus».</p>
<p>Cette division par deux existe bel et bien: les français ont acheté  en effet 2 fois moins de disques en 2008 qu’en 2002. Est-ce à cause de  la crise? De la diminution de l’offre (rappelons que certains artistes,  Jacques Higelin me revient en mémoire mais c’est loin d’être le seul,  ont vu leurs contrats résiliés parce qu’ils ne vendaient pas assez  d’albums: de mémoire toujours «seulement» 60 000 pour Higelin, trop peu  rentable pour son ancienne maison de disque!)? D’un choix sociétal (plus  d’argent investi dans d’autres loisirs que la musique)? Ou bien du  piratage?</p>
<p>Mais s’il s’agit du piratage, comment expliquer la chute d’audience  des émissions de variété à la télévision?</p>
<p>Pire encore: <a href="http://www.ecrans.fr/Pirater-plus-pour-acheter-plus,2499.html">certaines  études</a> (qui ont le défaut d’être indépendantes des maisons de  disques) montrent que les «pirates» achètent plus de CD que les autres!  Même Pascal Nègre qui se permet de faire porter tous les maux de la  musique sur le P2P a osé affirmer «Quand on télécharge un album, on a  quand même envie d’avoir chez soi un objet physique de l’artiste,  analyse Pascal Nègre. Jusqu’à présent, le fan achetait son poster, son  tee-shirt dans les concerts et sur Internet. Mais, en 2009, les ventes  de merchandising devraient exploser avec l’apparition de nouveaux rayons  dans les magasins de disques.»</p>
<p>Quel dangeureux pirate !</p>
<p>Et puis, et puis, qui sont les plus piratés sinon les plus connus?  Une évidence, mais qu’il est bon de rappeler! Palmarès 2008: Francis  Cabrel en tête avec 4 millions d’euros de CA, suivi par Bénabar (2,3  millions), Johnny Hallyday (2,2), Christophe Maé (2,1), Bernard  Lavillier (1,8), Thomas Dutronc (1,45), Mylène Farmer (1,4), Alain  Souchon, Renan Luce, Christophe Willem… Quand donc aurons-nous une  étude comparative du nombre des téléchargements rapporté au revenu de  chaque artiste, qu’on sache enfin de quoi on parle ?!</p>
<p><em>«Et donc c’est une situation qui ne peut pas durer, de toute  manière, la situation actuelle. Sauf à faire disparaître complètement,  ou à faire survivre péniblement quelques maisons de musique»</em></p>
<p>C’est à se taper le cul par terre! <strong>QUATRE</strong> «majors» (Universal,  Sony-BMG, EMI et Warner Music) se partagent 70% du marché musical  mondial et Laurent Joffrin parle de faire survivre «quelques» maisons de  disques? Mais ce sont les petits éditeurs qui font les découvertes et  qui n’ont déjà pas les moyens de les faire connaître (au point que leurs  meilleurs artistes sont aussitôt rachetés par un des membres de  l’oligopole mondial). Et quel meilleur moyen de faire connaître un  artiste que de diffuser le plus possible son oeuvre, par le piratage  aujourd’hui comme par les passages à la radio hier?</p>
<p><em>«et demander aux artistes de gagner leur argent dans les concerts»</em></p>
<p>Pauvres, pauvres artistes qui se retrouveraient contraints de <strong>travailler</strong> pour gagner leur argent. Pauvres, pauvres artistes qui ne pourraient  plus compter sur la rente d’un unique succès datant de 30 ans pour vivre  au soleil en faisant de la publicité pour une marque de lunettes.</p>
<p><em>«ou, comme au début du siècle, d’aller dans les cours et de  chanter puis demander à ce qu’on leur jette des pièces»</em></p>
<p>Je me souviens de ces chanteurs de rue qui récoltaient les piécettes  jetées des étages, et de tous les voisins qui ouvraient leurs fenêtres,  qui chantaient ensemble, qui créaient du lien social, qui faisaient <strong>vivre</strong> la musique et la chanson. J’ai la chance d’être juste assez vieux pour  ça et ces souvenirs me sont précieux.</p>
<p>Que Laurent Joffrin se renseigne et se rassure: de nos jours des  arrêtés municipaux interdisent ces pratiques d’un autre âge.</p>
<p><em>«C’est ça qui risque de se passer si la gratuité s’installe  définitivement.»</em></p>
<p>J’en accepte l’augure. Avec plaisir.</p>
<p>Post-scriptum: ma fidèle relectrice m’a signalé juste après que je  lui ai soumis cet article l’existence d’un <a href="http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/20/1321-les-droits-d-auteur-pour-les-nuls">billet  de Maître Eolas</a> traitant du même sujet. Je jure ne l’avoir pas lu  avant, mais il vaut mieux redire les vérités que les taire.</p>
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